Culture

Biskra, éloge de la beauté féminine

En présence de la fine fleur d’aèdes algériens comme Fouzia Laradi, Inaâm Bayoudh, Badra Messaoudi et Chahra Zaguez, Mme Khalida Toumi y a accueilli une centaine de Calliopes arabes et étrangères, venues de Chine, du Golfe, du Proche Orient et des pays du pourtour méditerranéen.

Pour sa part, Mme R. Djalti a précisé à El Watan que c’est à la mémoire de la défunte Zoulikha Saoud et de la regrettée Fedoua Toukane, qui, sa vie, durant a incarné la lutte de la femme palestinienne pour libérer la patrie spoliée, que le nec plus ultra des reines de la poésie arabe et étrangère a été convié à Biskra. Mmes Bin Xing, qui a traduit D. Khalil Djebrane en chinois, Missoum Sakr, dont le père a beaucoup écrit sur la révolution algérienne, Zoulikha Abouricha, Insaf Amari, Maram Elmasri ainsi que les poétesses en herbe issues du cru, vont, a-t-on précisé à El Watan, « par le bon choix des mots, par l’éblouissement des images, par la vivacité de rythme et la richesse des rimes nous faire découvrir, à travers le prisme de la fibre féminine, toutes les facettes et même les arcanes de la beauté de l’univers indicible du dire », avec comme thème récurrent : « Patrie… c½ur de femme. » Applaudissant l’exhibition fort remarquée du groupe Merzoug d’El Alia, qui, avec d’autres, meublaient les intermèdes de ce festival, Ada Salas et Guadalupé Grandé, deux jeunes Madrilènes, charmantes, invitées du festival que chaperonne Mme Djalti, ont confié à El Watan que du « flamenco aux Gypsi Kings, le parcours du chant et de la musique de certaines régions d’Espagne qui vibrent aux sons des castagnettes, a plus d’une similitude troublante avec celui du folklore algérien dont les danses et autres déambulations se déclinent au rythme des karkabous ». Ce premier festival aurait pu, sans doute, avoir pour figure emblématique la mythique Hizia, cette Juliette des Ziban, qu’une cruelle destinée a ravie, non seulement à la fleur de l’âge, mais aussi à l’adoration de son Roméo et néanmoins cousin Saïd. Benguitoun, grand chantre du « melhoun » de la région des Ouled Djellel – La Mecque incontestable de la poésie bédouine algérienne -, a fait passer Hizia à la postérité. Depuis 130 ans, elle repose en paix dans un modeste cimetière à l’ombre de la kouba du nabi Khaled Ben Slimane El Absi. « Un authentique prophète local », selon le grand érudit cheikh Abdelmadjid Ben Habba, qui, bien avant d’autres, a attesté de son existence dans ses nombreux écrits ; il la situe entre la période de la disparition du Christ et celle de l’avènement de Mohammed (QSSSL). Sidi Khaled serait originaire de la presqu’île arabique où nomadisait la célèbre tribu âbs, dont il serait issu. Le nabi serait venu prêcher dans le désert… algérien où la mythologie locale lui attribue de nombreux miracles, entre autres, celui de l’extinction d’un incendie géant visible à des centaines de lieues à la ronde et dont il serait venu à bout, précisent les troubadours, avec, pour unique outil, son bâton de pèlerin. Sidi Khaled aurait, en outre, débarrassé la région d’une hydre à sept têtes qui terrorisait les galopins des environs, selon d’autres meddahs. Quoi qu’il en soit, les habitants de la région qui, à l’époque selon Lahcène El Youssi, se distinguaient par « Halk er rouous, Akl el coucous et labs el burnous », l’auraient de prime abord adopté, et à sa mort ils l’auraient, d’après une qacida, enterré dans un promontoire rocheux, où par habitude, il s’y rendait pour méditer. A cet endroit précis, un mausolée fut érigé en son honneur. Son tombeau devint au fil des siècles, et jusqu’à nos jours un lieu de pèlerinage. Avec l’arrivée des musulmans en Algérie – qui tout en prenant leurs distances avec les religions antérieures à l’Islam, reconnaissent explicitement la légitimité de leur prophète et qui plus est, le glorifiaient -, un minaret puis une koubba furent érigés pour englober le catafalque du nabi dans une pittoresque mosquée, dont les arabesques de la grande voûte rappellent ceux de la coupole de la Grande Poste de la capitale. La saga de Hizia inspira presque tous les cheikhs de la chanson bédouine et sahraouie tel que Ababsa, El Bar Amor, Derriassa et Khlifi Ahmed qui l’ont immortalisée dans leurs chansons respectives. Trop peu, semble-t-il, pour un festival qui aspire à une aura de dimension universaliste !

La sublime porte d’or

« Cette subite apparition de l’Orient par la Porte d’or d’El Kantara m’a laissé un souvenir qui tient du merveilleux », avait écrit E. Fromentin en 1853, en parlant des gorges d’El Kantara. Etape importante de la visite de travail de Mme la ministre de la Culture dans la région de Biskra, El Kantara est un des sites touristiques parmi les plus célèbres d’Algérie. Porte du désert pour les uns, Porte d’or pour les autres, en tout cas, le Calceus Herculis, coup de pied d’Hercule pour les Romains, a vu passer depuis la nuit des temps moult visiteurs. Les légions romaines, après avoir relié les deux hautes falaises des gorges par un pont en pierres de taille (rénové sous Napoléon III), et qui deviendra par la suite le toponyme arabe de l’endroit, ont transformé cette brèche naturelle dans la paroi du djebel Metlili en site stratégique servant de point d’appui aux postes avancés du Limes – long ruban d’ouvrages fortifiés reliés entre eux, allant du golfe de Gabès jusqu’aux confins marocains et servant à défendre le Maghreb romain en quelque sorte, des incursions et des razzias des peuplades du Sud, des Garamantes et autres Gétules. Les vestiges de cet ouvrage militaire ont été souvent pris à tort par de pseudos scientifiques et autres « douctours » en tous genres pour un réseau d’aqueducs. Or, il n’en est rien ; en tout cas, tous les objets archéologique qui ont été patiemment réunis et conservés par de bonnes volontés jusqu’à nos jours dans le musée à ciel ouvert du village rouge d’El Kantara pourraient éclairer un pan entier de notre histoire, si de véritables archéologues, et autres spécialistes étaient encouragés financièrement à entreprendre de véritables recherches. Une chose est certaine, Mme la ministre de la Culture a annoncé sur place que le site sera classé réserve archéologique, et qu’un projet ambitieux de musée y verra bientôt le jour faisant de ce site un éminent pôle de recherches en anthropologie. C’est entre la rive droite de l’Oued Abiod, rebaptisé par les arabes « Oued Braz » (la rivière des duels) et le fort byzantin de Thouda que le dernier chevalier, faisant partie de la patrouille qui raccompagnait Okba Ibn Nafi du rivage de l’Atlantique vers sa capitale Kairouan, mourut les armes à la main. Koceila tenait là sa revanche ; une revanche impitoyable puisqu’il n’y eut aucun survivant, dit la qacida qui relate « la fin chevaleresque du jeune compagnon du Prophète ». Le combat cessa, disent les troubadours, faute de combattants du côté des « libérateurs » ou des « envahisseurs », c’est selon. En effet, toute la bataille ne fut qu’une suite de duels à mort entre les hommes de Koceila et ceux moins nombreux des Okba, aiment à rappeler encore les meddahs des Ziban. « Mme la ministre, toute cette région, et non pas uniquement le tertre de Thouda, est un véritable livre archéologique ouvert, le site de Sidi Okba c’est la région la plus riche en vestiges archéologiques d’Algérie et même d’Afrique du Nord et selon MM. Chamber, Dévès, Duport… », le P/APC de Sidi Okba ne terminera pas sa phrase, Khalida Toumi l’interrompt et péremptoirement lui assène : « Excusez-moi Monsieur le président, moi représentante de l’Etat algérien, je fais appel et je fais confiance aux spécialistes algériens », et se tournant vers M. Betrouni, qu’elle présente comme faisant partie de l’Icrom, une institution de l’Unesco dont il est d’ailleurs le vice-président, elle l’invite du regard à intervenir. Le spécialiste algérien précisera que le site de Thouda a été déjà classé en 1996, alors qu’aujourd’hui Thouda et sa région vont, selon lui, être définitivement reclassées réserve archéologique nationale. Mme la ministre revient à la charge : « Nous, Monsieur le P/APC, on ne se contente pas de classer par petit sbouts… » M. A. Djedidi essaye en vain de placer une phrase intelligible, mais la ministre aura le dernier mot : « En 1996, l’Algérie n’avait pas encore l’instrument juridique adéquat. Aujourd’hui, on ne parle plus d’objet archéologique mais de réserve archéologique », a conclu la représentante du gouvernement en promettant d’envoyer dans les plus brefs délais une équipe de spécialistes afin de tout recenser.

Khanguet Sidi Nadji vaut le détour !

Dernière étape de la visite de travail de Khalida Toumi dans la région de Biskra, Khanguet Sidi Nadji, située à l’extrême nord-est du chef-lieu de la wilaya, précisément à la sortie des gorges de Oued El Arab, au pied des derniers contreforts de l’Atlas saharien, vaut le détour. En 2001, 2 milliards de centimes ont été consacrés à la réhabilitation de l’ancien noyau bâti qui n’abrite que les logements d’une vingtaine de familles, le reste est dans un état de délabrement avancé et par conséquent inoccupé. L’opération a concerné la Sraïa de Sidi Mohamed Ben Hsine, une demeure d’anciens notables qui par ses divers étages rappelle la maison traditionnelle yéménite et par sa couleur et sa forme les ksour oasiens ; sa skifa s’ouvre sur la coquette mosquée de Sidi M’barek Ben Belkacem Ben Nadji, Mokadem de la Tarika Naciria. Le masdjid, signe particulier de noblesse, possède sa propre nécropole de style ottoman reconnaissable aux multiples turbans sculptés dans la pierre de taille et faisant office de chahed surmontant les pierres tombales pour distinguer les sépultures des hommes de celles des femmes. A une encablure et en bordure de la palmeraie, se trouve la zaouïa de Sidi Abdelhafidh El Ouandjali El Khangui, le tombeur du commandant St-Germain en 1849. Comme dans d’autres endroits, l’opération de réfection bien que coûteuse n’a pas atteint, semble-t-il, tous ses objectifs, reconnaissent à la fois le wali et la ministre qui en toute objectivité proposent que dorénavant avant d’engager des dépenses, il faut définir clairement les finalités de chaque opération, l’essentiel étant de redonner vie à ces casbahs abandonnées par leurs habitants. D’ailleurs, un ancien moudjahid profitant de la présence de Mme la ministre à Khanga a proposé d’offrir la maison familiale inoccupée située dans l’ancien noyau à l’Etat afin qu’il en fasse un musée. Bachir Mebarek El Watan – 1 février 2006

El watan

Leave a Response

Chargement...
Aller à la barre d’outils