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Contrat de mariage, une fatwa pour ma fille

mariage civil ou fatha

Alors que les adeptes du mariage par la fatiha s’élèvent contre le privilège de l’acte civil, d’autres estiment que c’est la seule manière de préserver les droits des femmes et des enfants. Mais, entre les uns et les autres, il y a une réalité amère que vivent des milliers de familles. La récente recommandation du ministère des Affaires religieuses et des Wakfs enjoignant les imams de ne plus prononcer la fatiha pour la conclusion du contrat de mariage, s’il n’est pas précédé d’un enregistrement à l’état ci

En filigrane, cette mesure a pour but de décourager les prétendants, au mariage, malintentionnés qui profitent de cette lacune pour rendre licite les relations intimes, mais en fuyant, en même temps, les responsabilités qui découlent de cette union sacrée.
Pourtant, le lien conjugal est essentiellement basé sur l’affection, la mansuétude et l’entraide de protéger moralement les deux conjoints et de préserver les liens de la famille. Cependant, rien ne semble marcher comme sur des roulettes.”
En réalité, il est des hommes qui ont utilisé cette relation conjugale comme un fonds de commerce qu’ils font et défont à leur gré”, a indiqué M. Abdellah Tamine, chargé de l’information et de la communication au département de Ghlamallah.
Parmi les raisons qui ont poussé le ministère à proclamer cette décision, d’après, M. Tamine c’est la comparution des imams devant la justice comme principaux acteurs dans la légitimation du mariage. “Beaucoup d’imams ont été convoqués par la justice. Nous ne voulons pas entacher la sacralité de la mosquée”, a-t-il encore précisé. A l’entendre parler, le ministère ne veut plus voir ses employés traîner dans les tribunaux comme témoins.

L’acte de mariage : une protection pour la femme

Mais, pour le ministre cette décision découle d’une réalité amère qu’il fallait prendre en charge en tant que responsable de ce secteur étant donné que la mosquée est le complément de la société.
“L’enregistrement de l’acte de mariage à l’APC avant la lecture de la fatiha est un gage de protection pour la femme”, a souligné le ministre ajoutant que “certaines gens dans les zones rurales et les quartiers populaires se marient pendant une durée déterminée de six mois ou plus puis abandonnent la femme, et dans la plupart des cas ils ne reconnaissent pas les enfants nés de cette relation.
Et puisque la mosquée est au service de la société, il est de notre devoir de préserver les intérêts des personnes et des familles en privilégiant le mariage civil au mariage religieux ; nous ne sommes pas des laïcs puisque l’acte civil est, dans son essence, religieux”, a expliqué le ministre. En réalité, les motivations de cette recommandation sont vraiment fondées quand on sait que beaucoup de contrats de mariage par la fatiha peuvent aboutir à la rupture pure et simple laissant femmes et enfants à leur triste sort, sans qu’ils ne puissent recouvrer leurs droits en l’absence d’un document officiel prouvant la relation conjugale.
Les femmes victimes de trahison sont légion. Après des fiançailles célébrées en grande pompe et une fatiha ayant légitimé leur union, Saléha, Farida, Lynda et Ahlem ont été atrocement trahies par les élus de leur coeur. Farida et Abdelmalek se sont unis pour le meilleur et pour le pire, mais après une union qui aura duré 3 années, une période durant laquelle ils s’échangèrent les meilleurs sentiments et les plus grandes aspirations d’une vie heureuse, jusqu’au jour de la rupture.
“Nos sorties sont devenues moins fréquentes et à chaque rencontre nos discussions finissaient toujours en queue de poisson, contrairement aux deux premières années. Le jour où il m’annonça qu’il avait pris la décision de me quitter, je me suis effondrée. Une déchirure qui bouleversera ma vie de fond en comble.
Je suis désolée de mettre fin à notre relation, tu n’es pas la femme qu’il me faut, m’avait-il dit, froidement pour s’éclipser définitivement”, raconte-t-elle avec amertume. Farida apprendra par la suite, à ses dépens, qu’une autre femme était entrée dans la vie de son ex-fiancé. Ils se quittèrent, mais la jeune femme avait déjà subi un préjudice en perdant sa virginité et son honneur.

Il s’en va, laissant sa femme enceinte

Le cas de Ahlem âgée de 23 ans est encore plus grave. Après des études universitaires passées avec succès, elle entreprend de fonder son foyer avec celui qu’elle considère comme “le plus bel homme” Enceinte de un mois et demi, elle annonce la nouvelle à son fiancé et lui demande d’officialiser l’union et de célébrer le mariage le plus promptement possible. Celui-ci lui demande de patienter. Les jours passent mais le futur mari tergiverse encore en lui promettant d’établir le contrat de mariage après l’accouchement. A chaque fois qu’elle lui renouvelle sa demande, c’est la même réplique.
Maintenant, elle est au 3e mois de grossesse, mais Ahmed hésite toujours à prendre la décision salutaire qui soulagera Ahlem et, bien sûr, son futur bébé faute de quoi n’aura pas de nom patronymique. “Ses visites sont devenues rares. Personne n’a pu le convaincre de l’intérêt d’officialiser la relation, surtout pour le bébé qui verra le jour dans quelques mois”, dit-elle désemparée.
Confiante, la jeune dame pensait naïvement que le mariage religieux lui garantissait ses droits. Aujourd’hui, elle compte les jours et les mois et chaque jour qui passe la rapproche davantage de l’accouchement, tandis que le géniteur est en train de regarder d’un mauvais oeil celle qui était sa dulcinée, dans un passé récent.
L’histoire de Lynda est pathétique. A 27 ans, sans travail, elle organise un mariage dare-dare en voulant fuir sa marâtre qui lui rendait la vie difficile. Malheureusement, tout ne se passa pas comme le souhaite toute nouvelle mariée aspirant au bonheur. Cet empressement lui a valu une erreur qu’elle regrettera toute sa vie. “Je me suis mariée avec la fatiha et après six mois de vie commune avec mes beaux- parents, les problèmes ont éclaté au grand jour. Chaque jour, nos relations se détérioraient et aucune solution n’est venue apaiser ma douleur. Folle de rage, je suis sortie du foyer conjugal alors que j’étais enceinte de six mois. Une voisine m’a hébergée temporairement mais il fallait que je me trouve un refuge parce que je ne voulais pas retourner chez mon père. Des gens m’ont conseillé Dar Errahma de Birkhadem qui m’a accueilli. Toutefois, c’est le problème de mon bébé qui me chagrine maintenant car il est sans nom patronymique. Son père refuse de lui donner son nom”, raconte-t-elle désespérément. Le cas de Saléha, 46 ans, n’est certainement pas isolé en tant que seconde épouse. Etant donné que son mari n’avait aucun prétexte légal lui permettant de se remarier, il se contente de la fatiha. Elle, ne voyait aucun inconvénient.
Ayant appris le remariage de son époux, la première femme n’a pas cessé depuis, de la tourmenter. “Elle et ses enfants ne me laissent pas tranquille. Mon bonheur n’a duré que 9 mois. Aujourd’hui, je vis le calvaire”, explique Saléha avec une pointe de regret. A travers ces exemples, l’on déduit que le mariage par la fatiha expose la femme à des risques qu’il n’est pas évident de surmonter. Nous avons sollicité le ministère de la Justice pour connaître les motivations et le nombre de femmes qui se présentent devant les tribunaux pour demander réparation de leur droit, mais nos tentatives sont restées veines, après une semaine.

Djamila Chaouch

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