Couple

Faut-il consommer sa nuit de noces juste après le mariage ?

Nuit-de-nocesl

A notre époque moderne où les tabous sur la sexualité sont levés, cette question pourrait prêter à sourire. Pourtant, elle résonne dans la tête de toutes les futures mariées algériennes : entre celles qui souhaitent que tout soit parfait et celles qui redoutent cette nuit comme elles appréhenderaient le jugement dernier, la problématique mérite d’être posée.

La tradition du drap taché de sang

Avant de rentrer dans le vif du sujet, il faut revenir sur cette pratique désuète, intrusive et très violente aussi bien pour l’homme que pour la femme qui n’existe plus sauf chez quelques familles de l’Algérie profonde qui pensent faire perdurer des traditions ancestrales. Le couple n’est plus obligé de consommer sa nuit de noces au sein du foyer des parents du mari, avec en guise de trophée, la parade du drap taché de sang…

Mais si vous êtes dans le  cas où la belle-famille vous impose cette pratique, sachez que cette dernière n’a aucun fondement dans la religion musulmane et qu’elle est contraire à la pudeur chère à l’islam.

Comment ont-elles vécu leur nuit de noces ?

Après plusieurs mois de stress, de préparatifs et une journée intense en émotions, la nuit de noce est très attendue. Alors que la plupart des algérien(ne)s voient en cette nuit la concrétisation de leur amour à travers l’acte sexuel, beaucoup d’entre elles font le choix de reporter l’échéance. Elles témoignent pour Dziriya.net.

Nesrine a connu son époux trois ans avant de lui dire oui. La nuit de noces ils l’ont idéalisée, désirée… Les préparatifs ont été longs puisqu’il aura fallu pas moins de 14 longs mois de galère…

“Je voulais que tout soit parfait, après tout, on ne se marie qu’une fois ! J’ai souhaité une nuit de noces irréprochable, nous avons donc réservé une chambre d’hôtel car nous voulions de l’intimité. Le mariage était très éprouvant, je n’ai pas pu me reposer car cela a bien duré 3 jours. Le soir du mariage, j’ai fait une grande Tesdira et il y avait beaucoup de monde. J’étais littéralement lessivée, pourtant je savais qu’en principe, cette nuit ne faisait que commencer. Mais soudain une terrible angoisse m’envahit. Comment allais-je faire ? Je ne pouvais pas ? Je n’en avais pas la force. La soirée finie, nous nous sommes rendus à notre hôtel. Monsieur était très heureux (et moi aussi) mais il a bien vu que quelque chose n’allait pas. Rapidement, j’ai décidé de mettre carte sur table. “Écoute Chéri, cette nuit je l’ai vraiment attendue mais là je ne veux qu’une chose : dormir !” Il me regarde avec un grand sourire et éclate de rire. Il me répond : “Moi aussi, allons dormir ma chérie !”. Et poufff, tout ce stress s’évacua en une fraction de seconde. Heureusement qu’on avait réservé pour deux jours…”

Soraya était dans une autre optique, dès le départ, elle voulait une nuit de noces différente.

“Il ne se passera rien durant la nuit de noces, pas question de faire l’amour en sachant que tout le monde saura ce que nous sommes en train de faire. Psychologiquement, ça bloquait, ça me tétanisait même”.

Nina, quant à elle, pense que la nuit de noces à une portée très forte dans la société algérienne puisque c’est cette nuit que la mariée est sensée perdre sa virginité. Pour elle, la première fois est capitale :

Le mariage à l’algérienne est très éprouvant pour une femme, elle doit se changer plusieurs fois, effectuer plusieurs rituels… Nous sommes sensés être la Reine de cette soirée, mais j’ai plus l’impression que ce furent les invités qui ont le plus profité. Donc selon moi, la nuit du mariage devrait plutôt être une nuit de prise de contact pour que les nouveaux mariés puissent souffler et se rapprocher sans forcément passer à l’acte. Moi ma nuit de noce je l’idéalise tellement que j’aimerais ne rien faire, juste m’endormir dans ses bras. Les hommes ont du mal à comprendre que nous sommes avides d’attention et de tendresse. Le faire dès le premier soir je le ressens comme une contrainte ou une mission à accomplir.”

Nassima avait prévue une nuit de noce classique :

“Pour moi, comme pour lui, il n’était pas question d’attendre, nous avions trop attendus, c’était la nuit de trop. Finalement nous étions tellement épuisés et nous avons passé la nuit à discuter et à rire… C’était pour moi la meilleure nuit de noces que je pouvais espérer.”

Les femmes d’aujourd’hui ne veulent plus se plier à la pression sociale et familiale, elles veulent savourer les premières heures de leur vie de femmes sans se mettre la pression. Non pas pour défier la belle-famille ou le mari, mais ces femmes courageuses ne veulent pas vivre ce qu’on vécu leur mère qui gardent souvent un mauvais souvenir de cette nuit là.

La nuit de noce est ainsi désacralisée, elle est donc mieux vécue. Et c’est tant mieux !

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