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Guelma, la féérique authenticité

Guelma, l’antique Calama, un centre qui existait avant la conquête romaine et qui, sous l’Empire, devint municipe, puis colonie. Melaka, aux temps les plus reculés de l’histoire, site punique important, puis Calama sous l’occupation romaine, Guelma est réputée pour sa position stratégique, ses ressources agricoles et thermales. Parmi ses évêques, le plus connu est Possidus, biographe de saint Augustin.

Donatus et saint Augustin en évoquent la prospérité. D’autres personnages illustres ont rapporté les batailles que Jugurtha y livra en 109 avant J.-C. aux troupes romaines. De cette période florissante, il reste un théâtre de 5000 places construit au IIe siècle avant J.-C., et une forteresse byzantine. Le théâtre romain a été reconstitué en 1910 (par M.Joly) sur les fondations d’un théâtre antique. Le musée qu’il abrite est d’un intérêt archéologique inestimable. Contre le mur de scène ont été dressées, à gauche, la statue d’Esculape et à droite celle de Neptune, provenant de Khemissa.
La ville de Calama s’étend suivant une pente régulière au versant d’une colline. L’animation est grande dans les rues larges, se croisant à l’angle droit et bordées de maisons sans étage. Carrefour de routes et marchés au coeur d’une contrée vouée, ici, à l’élevage bovin, là, aux cultures céréalières intensives importantes. Sucrerie, usine de bicyclettes et vélomoteurs, manufacture de céramique et porcelaine utilisent le kaolin des gisements de Djebel Débagh. Un peu plus au nord, à 2km de Guelma, sur la route de Annaba, un microclimat a favorisé l’épanouissement, au creux d’une vallée, d’orangeraies et d’oliveraies que l’on ne retrouve nulle part ailleurs: ce sont les domaines d’Héliopolis. A proximité de cette vallée magnifique, on y trouve Hammam Berda, petite station thermale, qui compte parmi ses équipements, une piscine circulaire datant de l’ère romaine toujours utilisée par les enfants de la région.
L’aspect architectural de cette ville lui vaut l’attrait touristique, car tout a été reconstruit, dont le théâtre qui apparaît comme neuf. Il a pour cadre, à diverses reprises, certaines manifestations culturelles. Quant au musée voisin, il renferme de très importantes pièces et collections provenant de lieux de fouilles répartis entre Guelma et Souk Ahras. Ces différents sites archéologiques oubliés du public se cachent au milieu des chardons, des maquis et des landes. L’archéologie n’est pas la seule richesse renommée de la ville de Guelma, il y a aussi les stations thermales qui sont à la fois la richesse et la fierté de cette ville qui, même en pleine saison estivale, attirent grand nombre de visiteurs, et les prestigieuses montagnes de Maouna et Houara prennent le soin de les bercer avec leur fraîcheur.

Calama rêve de son jadis

Plus intéressantes sont pour le profane les ruines romaines de la montagne d’Announa, de Hammam Meskhoutine. Prendre la route Annaba-Constantine. Les ruines sont situées en contrebas à flanc de coteau et sur un replat qui domine de façon abrupte une profonde vallée. La vue porte loin vers le nord. Une zone qui parait immense dans sa solitude et jonchée de pierres taillées et de colonnes. Trois portes attendent un dernier souffle de vent pour s’effondrer à leur tour: l’arc de l’une d’elles s’est brisé en 1974.
Pas de pierres nobles, aucune mosaïque visible; rares sont les ornements sculptés. Mais ces restes oubliés d’une ville morte à jamais émeuvent plus que les richesses étiquetées des musées ou les ruines balayées chaque matin, par des gardiens assermentés. Ici, des petits bergers surgis de l’on sait où, viennent proposer des pièces de monnaies anciennes qui ont l’avantage d’être, sûrement, authentiques.
De Hammam Meskhoutine à Hammam Ouled Ali, l’usage du bain est ancestral. L’un est situé plus au sud de la ville, vers la route de Oued Zenati, à quelque 10km, l’autre à l’ouest, à environ 20km; ces deux hammams vieux de 2500 ans n’ont jamais cesser de faire profiter des milliers de gens des bienfaits de leurs eaux thermales. Guelma, en plus de son passé historique riche et ses sites archéologiques prestigieux, Dame nature l’a fortement gâtée en la dotant d’une eau aux vertus médicinales. Ce don de Dieu, qui jaillit des tripes de la terre n’est pas venu par hasard dans cette région.
Il faut savoir que les terres de Guelma étaient autrefois volcaniques. Plusieurs petits volcans étaient en activité et s’y sont éteint.
Il ne reste aujourd’hui que quelques aérations qui permettent à la terre de respirer en libérant des eaux sulfuriques aux multiples vertus que les Romains ont utilisé avant nous, en y bâtissant tout autour des bains que la région de Guelma recèle aujourd’hui. Hammam Meskhoutine, cela pourrait être une de ces nombreuses stations thermales algériennes en voie de monétisation. Comme ailleurs, centre de cure, maison de repos, hôtel s’y construisent. Mais Hammam Meskhoutine offre davantage. Elle présente une curiosité assez extraordinaire.
A un détour de la route, la campagne se hérisse soudain d’étranges cônes de pierres, hauts de 6 à 9m et comme surgis du sol dans un désordre assez fou. La roche grise rongée par de multiples alvéoles a l’aspect d’une éponge et rappelle la pierre ponce. De la vapeur fuse du sol crevassé. Une odeur sulfureuse règne.
Des traînées blanches de carbonate de chaux courent dans l’herbe marquant le lit des ruisseaux où dévale une eau claire et brûlante.
Concentrées sur un espace restreint balayé par la vapeur, des sources bouillonnent tels des geysers miniatures. Un thermomètre enregistrerait une température de plus de 90 degrés.
Les eaux de Hammam Meskhoutine ou Hammam Ouled Ali sont les plus chaudes du monde, après celles d’Islande. Une partie de cette eau est récupérée pour alimenter une antique étuve couverte d’un dôme percé de canon d’aération mais une quantité non négligeable glisse à la surface du sol jusqu’au rebord d’une falaise où elle tombe en cascade d’une vingtaine de mètres, sur une largeur de quelque 50m.
En tombant elle dépose une partie de son calcaire, si bien que la cascade a pris au cours des siècles, l’aspect d’une extraordinaire draperie pétrifiée.
Avec les caprices des vents et des eaux qui ont creusé des cavités dans cette paroi blanche et ocre, des stalactites se sont formées et pendent presque jusqu’au sol. Et tout cela fume de manière spectaculaire.
Devant ce tableau artistique, le spectacle est des plus beaux depuis le pied de la cascade. L’intérêt en est augmenté par l’animation qui règne en cet endroit.
Hommes et femmes arrivent, qui en bus, qui en taxi, et font trempette dans les ruisseaux et les bassins naturels, dans l’espoir de voir disparaître quelque ankylose ou autre bon vieux rhumatisme; après quoi l’on se restaure d’une bonne grillade et de quelques fruits de saison vendus chez des gargotiers installés çà et là en plein air, à proximité des chutes.

Stations thermales où l’eau est un don de Dieu

Pour ceux qui veulent profiter des nuits douces de Hammam Débagh, comme les Guelmis aiment bien l’appeler, c’est le moment, pour pas dire la période des réservations des bungalows qui affichent complets de février à août, puisque les amateurs des bains de nuit et des petites veillées de l’été, dans le plein air du grand complexe, se font au mois de janvier.
En tout cas, Guelma la féerique a toujours attiré ses visiteurs par l’hospitalité de ses habitants et la diversité de sa nature qui inspire le plus souvent des artistes comme la jeune artiste italienne Susanna Carpantino, venue en séjour à Guelma et repartie avec dans ses bagages, un tableau peint lors de son passage dans cette ville qu’elle n’est pas près d’oublier.

Source : L’Expression.Dz

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