Culture

Le karakou algérois : vêtement d’apparat des élégantes algéroises

Le karakou est le vêtement traditionnel de la femme algéroise qui rassemble toutes les algériennes, il est aujourd’hui porté dans les quatre coins du pays… Récit d’un vêtement mythique.

Ce vêtement est né à Alger au XV ème siècle, et était porté au départ par l’aristocratie algéroise lors de fêtes, mariages, cérémonies de circoncisions… cet habit qui a des siècles d’existence à su s’enrichir d’influence diverses. Il tire son origine de l’Empire Ottoman et a été influencé par l’apport berbero-andalous. Il souligne à merveille le raffinement des sublimes algéroises. Le karakou est un ensemble composé d’une veste brodée de fils d’or réalisée par des orfèvres de l’artisanat (il existe différentes techniques de broderies au fil d’or : le mejboud et la fetla) et un bas traditionnel du Maghreb. En fait il existe deux types de bas très caractéristiques du karakou :

  • Le sarouel chelka, une jupe pantalon fendue des deux côtés et cousue en bas de façon à fermer la jupe.
  • Le sarouel mdaouer ou mdouer qui est un pantalon bouffant.

 

Mais aujourd’hui, l’appellation karakou tend à désigner uniquement la veste. Les jeunes filles n’hésitent plus à l’associer à un pantalon ou une jupe occidentale.  De plus, la broderie traditionnelle au fil d’or est aujourd’hui complétée par des ajouts de perles ou de cristaux. La réalisation d’un karakou qui est une pièce unique peut durer une année entière ou plus. La broderie est réalisée sur du velours de bonne qualité, le choix de ce tissu n’est pas anodin. En plus d’exprimer un certain raffinement, cette matière s’avère excellente et résistante pour supporter le poids de la broderie. D’ailleurs, une doublure de la veste karakou est parfois indispensable.

Ce vêtement n’a cessé de se moderniser au fil des siècles, appelé “Ghlila” vers le 15 ème siècle, il devient le “karakou algérois”, la différence entre les deux costumes est que la Ghlila possède un décolleté, et le karakou est cintré à la taille. Quand aux broderies, elles sont restées linéaires, aux motifs géométriques, avec également des représentations de végétaux. Il va sans dire que le motif le plus répandu à cette époque-là reste le modèle décoratif caractéristique d’une veste masculine appelée kabbut (caban). Ce dernier est agrémenté de rosaces. Les Algéroises relèvent ce motif circulaire sur le caban pour ses décorations brodées au fil d’or. A cette époque, le velours est indissociable de la veste de cérémonie algéroise, car moins coûteux que le brocard et il résiste mieux sur le textile européen.

Ainsi, le karakou des années 1930 du XXe siècle « associe un buste dont la coupe est inspirée de la casaque à basques européenne à des manches issues de la ghlila djabadouli algéroise et une ornementation inspirée de celle des cabans masculins ». Cent ans après la conquête d’Alger, la veste de cérémonie a subi des transformations. Elle est de moins en moins répandue mais perdure tout de même. Le karakou de cérémonie devient une pièce rare, et vers le milieu du XXe siècle, les décorations circulaires brodées sont troquées contre de simples broderies avec de petites boutons lignés sur la devanture. Cependant, le karakou conserve sa forme cintrée qui s’évase à partir de la taille. On assiste durant ces années-là, à l’apparition d’un modèle droit et court, nécessitant moins de velours. Il s’agit d’un boléro sans manches qui remplace parfois le karakou. Entre le XIXe siècle et le milieu du XXe siècle, la société algéroise a subi des mutations profondes. Le costume algérois a, lui aussi, subi des métamorphoses. Le karakou, descendant du costume ouvert, fait de brèves apparitions durant la guerre de Libération nationale. Après l’indépendance, l’amélioration du niveau de vie de la population s’accompagne d’un renouveau du karakou algérois. Des variations de formes s’opèrent, présentant ainsi des manches courtes, des décolletés divers, des décorations aux motifs de fleurs, de papillons et d’oiseaux ainsi que de paillettes et de petites perles de couleur claire. Les débuts des années quatre-vingt sont ponctués d’un modèle de karakou printanier, plus classique et plus imposant. Le karakou retrouve sa coupe originale, cintrée, évasée à partir de la taille et aux manches longues. Les broderies, réalisées à la technique de fetla ou de medjboud, sont axées sur des motifs végétaux. Des spécialistes reconnaissent aujourd’hui que la qualité de certaines broderies faites à la main a toutefois perdu de sa finesse et la précision des ancêtres des siècles précédents. En effet, plus que Tlemcen ou Constantine, Alger a enregistré la disparition partielle de son artisanat local durant la période coloniale, ajouter à cela la qualité des velours et des fils dorés ou argentés.

Le succès du karkaou dépasse les frontières algériennes, les marocaines de l’est n’hésitent plus à l’ajouter dans leur trousseau et des créateurs de renoms s’en inspirent depuis des décennies à l’instar d’Elie Saab, d’Elsa Schaparelli ou de Valentino. Le premier a avoir internationalisé le karkaou n’est autre qu’Yves Saint Laurent, cet enfant de l’Algérie qui n’a cessé de s’inspirer du patrimoine algérien ou maghrébin.

 

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