Couple

Les nouvelles célibattantes algériennes

Elles viennent souvent d’un milieu aisé ou ouvert d’esprit, elles sont, pour la plupart, instruites, bien éduquées, capables de s’assumer financièrement … mais elles ne sont pas forcément pressées de se caser. Exit les “bayrat” désespérées, place aux célibattantes !

Comment devient-on une célibattante ?

Les célibataires sont de plus en plus nombreuses au sein de la société algérienne, les célibattantes le sont encore plus. Les célibataires-combattantes se battent contre une pression sociale qu’elles ne supportent plus. Elles ne veulent pas se conformer à l’image idéalisée et fantasmée de la femme algérienne traditionnelle, bonne épouse soumise à son mari et à sa belle-famille. Elles cherchent autre chose.

La plupart du temps, ces femmes ont une volonté de s’accomplir en dehors du cadre préétabli voulant qu’une femme ne puisse se réaliser qu’à travers une vie d’épouse ou de mère. Certaines d’entre elles ne se rendent même pas compte de ce qui les poussent à devenir célibattantes et elles ne sont pas forcément des féministes acharnées. Elles répondent à la pression sociale par une révolte interne qu’elles tendent de canaliser en se projetant dans un avenir qu’elles ont défini. Elles ne veulent pas perdre de temps : Au lieu de s’apitoyer sur leur sort, les célibattantes exploitent tous les avantages qu’offre la vie en solo et font en sorte de pouvoir se réaliser au maximum histoire de ne rien regretter une fois la bague au doigt.

Même si l’Histoire algérienne regorge d’exemple de femmes fortes et indépendantes, les célibattantes actuelles sont directement influencées par l’image de la femme occidentale libre et indépendante. Même si les valeurs de la femme occidentale et de la femme algéro-musulmane sont très différentes et parfois complètement contradictoires, les célibattantes algériennes savent s’adapter et se conformer aux codes de leur société. La liberté sexuelle est une des libertés qu’elles ne prendront pas, du moins en apparence (mais là c’est une autre histoire).

Un bras de fer entre les deux sexes

Leur célibat n’est pas à mettre seulement sur le dos des facteurs sociaux-économiques (chômage, logement…), c’est en réalité, une réponse à la domination masculine. C’est donc un véritable bras de fer qui s’engage entre les deux sexes. Les hommes ne sont pas insensibles aux célibattantes, d’un côté elles fascinent, attirent… mais de l’autre, elles font peur. Les célibataires algériennes sont d’autant plus célibattantes qu’elles doivent se battre contre le machisme ambiant et essayer de bousculer les hommes bien décidés à ne pas faire l’impasse sur leurs privilèges.

Ces femmes sont plus exigeantes vis-à-vis de leur compagnon : le conjoint n’est plus considéré comme un pourvoyeur mais comme un compagnon de vie, avec toutes les attentes qui en découlent. Elles cherchent des hommes avec de grandes qualités, des hommes moins égoïstes et plus ouverts, capables d’accepter que leur femme puisse suivre plusieurs terrains d’accomplissement. Mais comme l’explique Nadia, une jeune oranaise que nous avons interrogé :

“même si certains hommes sont capables de cela, le poids de la société et les pressions de la maman les rattrapera un jour ou l’autre”.

En tout cas, les célibattantes n’en démordent pas, elles veulent s’imposer osant même développer une certaine incompatibilité entre les sexes, comme s’il existait un décalage de plus en plus grand entre l’homme et la femme algérienne. L’algérien à du mal à suivre cette femme qui ne lui correspond plus. Mais peut-être est-ce lui qui n’arrive plus à suivre? Ou alors ces femmes attendent l’impossible, rêvent de l’homme idéal ? En tout cas, les résultats sont là : Les femmes (et les hommes) se marient de plus en plus tard et les divorces ne cessent d’augmenter de manière impressionnante depuis des décennies.

Malgré tout, il convient de noter que les hommes sont fortement influencés par les mères dominatrices et conservatrices qui ont tendance à reproduire ce qu’elles ont vécu en élevant leurs enfants avec cet état d’esprit.

Pour couronner le tout, les hommes sont beaucoup moins réticents à retarder l’échéance du mariage car ils n’ont pas le souci de l’horloge biologique, se pensant éternellement féconds.

Le prix à payer

Bien que la célibattante s’assume et assume, la stigmatisation sociale est pesante mais pour la plupart, la pression familiale est encore plus difficile à gérer. Comme l’explique Lila issue de la haute bourgeoisie algéroise :

“Je viens d’un milieu aisé mais assez conservateur et j’ai fait de brillantes études à l’étranger. Malgré un poste à hautes responsabilités, mes parents me voient comme une femme instable. Les pressions au mariage sont quasi quotidiennes, ma mère est désespérée et à peur que je finis une vielle fille. Elle ne voit pas ce que je suis mais plutôt ce que je pourrais être. A force, elle a réussi à me coller cette obsession à l’esprit et à 27 ans j’ai la hantise de finir ma vie toute seule”.

Les filles hautement diplômées et instruites ont du mal à trouver des prétendants pour le mariage car elles font peur. En conséquence, les célibattantes se retrouvent tôt ou tard confronté à la solitude affective et sexuelle, la société et la religion excluent toute relation sexuelle en dehors du cadre matrimonial.

Les conséquences peuvent être désastreuses : Dépression, troubles alimentaires, irritabilité, repli sur soi ou encore révolte latente à l’égard de la cellule familiale… Et les avantages de la vie en solo deviennent vite des inconvénients.

Pour les femmes divorcées avec enfants, le prix est encore plus dur à payer. Les maris pouvant leur retirer le droit de garde si elles refont leur vie avec quelqu’un d’autre, certaines d’entre elles sont contraintes de mettre définitivement une croix sur le mariage.

Les années qui passent et l’horloge biologique sont aussi les désagréments de la célibattante. Même si l’écart d’âge entre les époux a tendance à diminuer, l’homme aura toujours tendance à choisir une femme plus jeune qui sera, pense-t-il, plus docile et qui aura moins d’expérience. De cette façon, il en tirera une certaine assurance sur le plan intime, les épouses trop entreprenantes pouvant bloquer ses ardeurs.

Regards et évolutions de la société algérienne

Dans l’imaginaire collectif, les femmes émancipées sont souvent perçues comme ayant des moeurs légères, elles ne sont pas respectées et elles agacent aussi bien les hommes que les femmes. Elles font peur à la société qui se trouve confrontée à un phénomène nouveau.

Beaucoup les stigmatisent, ne les comprennent pas, pourtant il suffit de s’intéresser à leur profil pour comprendre que ces femmes accomplies ne cherchent pas à se caser avec le premier venu, elles cherchent plutôt un homme qui pourra les aider à s’accomplir davantage, quitte à sacrifier une vie de famille avec enfants. Comme l’explique Nadia que nous avons interrogé :

“Je ne fuis pas les hommes, au contraire je rêve de trouver l’âme-soeur mais pas à n’importe quel prix, je suis beaucoup trop attachée à ma liberté. Je cherche un homme qui m’épaule, qui me comprenne, pas un dictateur qui me tire vers le bas…”.

Comme elle, beaucoup sont prêtes à faire l’impasse sur le bonheur d’une vie à deux pour pouvoir jouir d’une certaine liberté : Sortie entre amies, évolution professionnelle, voyages, etc. Choses qui, pensent-elles, ne pourront pas se réaliser avec un compagnon à leur côté.

La célibattante n’est pas forcément rebelle mais elle apporte un nouveau son de cloche à notre société parfois jugée archaïque sous certains de ses aspects. Elle se méfie beaucoup des hommes et même si elle sait qu’elle sera probablement casée d’ici quelques années, elle n’est pas pressée de l’être.

Cette femme est le résultat des changements rapides de la société algérienne, pouvant être jugés brutaux par certains. Les algériens étant encore très marqués par des automatismes culturels et cultuels qui ne sont pas toujous conformes aux principes religieux. Malgré tout, il faut saluer un certain changement. Les regards sont beaucoup moins réprobateurs qu’il y a quelques décennies et c’est tant mieux car pour les algériennes, la révolution ne fait que commencer.

Participez au débat…

En tant que femme algérienne, que pensez-vous des célibattantes, d’après vous ce mouvement est-il prêt à s’arrêter ? Quelles sont vos solutions pour faire face à ce nouveau phénomène de société. Participez au débat sur notre forum.

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