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Lynda B., une femme SDF dans les rues d’Alger : Une portraitiste qui défie les difficultés de la vie

Douée d’un talent et d’un goût prononcé pour les portraits, Lynda B., jeune artiste autodidacte, a toujours été animée par la passion du dessin au crayon et plus particulièrement pour les portraits. Accroupie au coin d’une rue à l’entrée d’un immeuble en plein cœur de la capitale, l’air accablé, cette jeune fille nous fait part de son engouement pour ce métier passionnant. «J’ai toujours aimé dessiner et pris autant de plaisir à contempler les dessins des autres. Avec la pratique du dessin, j’ai acquis le sens de l’observation, de l’écoute ainsi que la rigueur et le dépassement de soi au quotidien. Avec ça, j’oublie la dureté de la vie et cela m’a donné le goût du travail acharné». Elle dessine depuis l’enfance et une grande douceur ressort de ses portraits. Lynda estime aussi que «le dessin est une passion agréablement dévorante qui se nourrit de ce que nous sommes, de ce que nous vivons et quelquefois du hasard». Entourée d’une belle série de portraits, Lynda nous explique sa technique au crayon. «Cette technique permet de bien faire ressortir le volume du visage, en dessinant une mine blanche sur le papier blanc, en frottant avec du papier les extrémités du dessin». En effet, cette jeune artiste aux multiples talents qui a défié sa vie devant les difficultés quotidiennes dans une société qu’elle estime «impitoyable» garde toutefois beaucoup d’espoir même si l’avenir est sombre. «Je dessine pour gagner ma vie quoique parfois ce n’est pas vraiment rentable. De toutes les façons, je suis là pour gagner mon pain malgré les difficultés que je rencontre tous les jours avec les gens comme avec les intempéries». Parfois souriante et accueillante avec les clients, qu’elle reçoit quotidiennement et qui l’estiment bien. «Lynda est une brave et courageuse fille. Elle a du talent. Ses portraits sont éblouissants. Comme je suis son client, je viens à chaque fois chez elle pour me faire des portraits de ma famille. C’est une femme très courageuse ; elle est toujours présente et à la disposition de ses clients. C’est une femme qui a cassé tous les tabous par son courage», nous dit un client. Dévorée par son travail, Lynda nous confie son amour pour le dessin dont elle en a fait son métier.

Avis sur le vif

«Mon rêve est d’avoir un local»

Le jour d’Algérie : Depuis quand pratiquez-vous ce métier ?

J’ai commencé à faire des portraits à l’âge de 7 ans et c’est aujourd’hui une passion. Un métier que j’aime et qui m’a demandé beaucoup de patience et de courage, car j’ai beaucoup souffert pour le garder surtout que je dois me déplacer souvent.

Selon vous, est-ce que les gens s’intéressent à ce genre de métier ?

Bien sûr que oui. La preuve en est que chaque jour je reçois des clients qui viennent faire leurs portraits munis de photos personnelles ou de leurs familles. Ces personnes là apprécient beaucoup mon travail qui nécessite simplement un crayon noir, une gomme et du papier blanc. Quoiqu’il m’arrive de chômer, il y a des jours avec et des jours sans.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez quotidiennement ?

Comme vous savez, une jeune fille dans notre société rencontre beaucoup de problèmes et il est mal vu qu’une fille se déplace dans les rues, surtout que je suis obligée de me réveiller à 4 heures du matin pour m’installer ici. Certaines gens estiment que c’est incompatible avec nos traditions, et me demandent pourquoi je suis là. Par contre, il y en a d’autres qui comprennent ma situation et apprécient mon travail. Je dirai que partout il y a du bon et du mauvais.

Quel est votre souhait ?

Je souhaite avoir un local pour pouvoir continuer et conserver mon travail, mais surtout être protégée du regard des gens.

Par Mehdi Isikioune – Le Jour d’Algérie

08/01/10

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