Bienvenue
ActualitésÉducation

Mère célibataire en Algérie : entre peines et rejets

Culpabilité, honte, crainte… avoir un enfant de manière « illégitime », est loin d’être vécu comme un heureux événement en Algérie. Quand elles font le choix de le garder, certaines femmes suscitent les foudres de leur entourage et le rejet d’une société pour laquelle ce sujet reste encore très tabou. Deux d’entre-elles ont accepté de se livrer à Dziriya.net afin de raconter leur calvaire.

Souvent condamnées à la loi du silence, parce qu’elles sont tombées enceintes de manière « illégitime », certaines jeunes femmes, doivent apprendre non seulement à faire face aux qu’en-dira-t-on mais aussi au rejet de leur entourage. Elles représentent la honte de leurs proches et sont parfois amenées à quitter le cocon familial pour être, soit hébergées dans des centres, soit finir dans la rue pour les moins chanceuses. Selon un article parut dans le quotidien El Watan, en juin 2013, qui publiait une étude menée par le ministère de la Solidarité, 209 mères célibataires ont été prises en charge dans les structures de l’Etat jusqu’à leur accouchement entre 2011 et 2013. D’autres sont livrées à elles-mêmes et sont contraintes de vivre parfois, dans la rue. Victimes de l’abandon de leur petit ami ou pire d’un viol, ces jeunes femmes ont choisi parfois malgré elles, et plutôt que de mettre un terme à leur grossesse, de garder leur enfant. Ce même enfant qui n’aura jamais le statut des autres puisque conçu hors mariage, (cf : article 40 du code de la famille) et qui devra à son tour, faire face aux regards des autres.

Un soutien et une tolérance sans failles

Élever seule son enfant, né d’une relation hors mariage semble presque impossible à envisager, en tant que mère célibataire. C’est la raison pour laquelle de nombreuses femmes n’ayant aucune ressource sont hébergées dans des centres spécialisés. Cependant, même si cela est plus rare, il arrive aussi que d’autres trouvent le soutien nécessaire auprès de leur famille. Mounia, 57 ans était dans cette situation, il y’a une trentaine d’années. Elle a eu un garçon, avec un jeune homme qu’elle aimait à l’époque. Lorsqu’elle a découvert sa grossesse elle espérerait qu’il l’épouse mais…

« Il m’a fui, m’a demandé de ne plus tenter de renouer le contact avec lui et de l’oublier. C’était dur pour moi, de porter l’enfant de l’homme que j’aimais et avec lequel j’envisageais de partager l’existence. Tout au long de ma grossesse je souhaitais qu’il revienne et même au-delà de la naissance de notre fils, mais il ne l’a jamais reconnu comme tel. J’ai eu de la chance, d’avoir une maman très compréhensive, j’étais fille unique et n’avais plus de père. J’ai donc vécu avec elle et nous avons élevé mon fils ensemble avec le peu de moyens que nous avions. La journée, elle le gardait, ainsi je pouvais aller travailler. J’étais coiffeuse à l’époque. Même si cela était difficile, il fallait bien que je subvienne à ses besoins et que j’aide ma mère dans ce sens. Plus tard, en grandissant, mon fils subissait les moqueries des enfants, il revenait souvent en pleurs. A l’époque, ce phénomène était moins courant et les gens étaient beaucoup moins tolérants », confie cette femme.

Faire face aux regards des uns et des autres est très difficile, surtout sans aucun soutien humain. Le plus dur à supporter, ce sont ces sentiments de culpabilité, de gêne qu’engendre l’opinion de l’entourage.

Le chemin vers le pardon

Plutôt que d’abandonner leur enfant, certaines femmes préfèrent fuir le domicile de leurs parents quitte à vivre dans la rue. Elles souhaitent plus que tout offrir un avenir à ce petit être qui est tout à fait innocent. Si pour certains, juger et plus facile que soutenir, d’autres, en revanche, n’hésitent pas apporter leur aide. Rabia a 31 ans. Elle a accouché d’une petite fille il y’a quatre ans. A l’époque, elle vivait en cité universitaire, à Constantine et a rencontré un jeune homme dont elle est tombée éperdument amoureuse.


« Il a suffi d’un moment d’égarement pour que ma vie bascule. Comme beaucoup d’hommes, mon ex petit ami n’a pas voulu assumer et est parti. Je ne sais toujours pas ce qu’il est devenu aujourd’hui. Quand mes parents ont appris ma grossesse, ils n’ont plus voulu entendre parler de moi, ils m’ont renié. Je me suis retrouvée livrée à moi-même à ne plus savoir quoi faire, mais je ne souhaitais en aucun cas, pour une histoire d’honneur, mettre fin à la vie de cet enfant que je portais en moi. J’ai dû quitter la cité universitaire, arrêter mes études de langues. J’ai été hébergé tout au long de ma grossesse, par une amie, dont les parents étaient souvent en déplacement. Trois mois après la naissance de ma fille, je me sentais dans l’obligation de partir, je ne voulais pas profiter de l’hospitalité de mon amie. Je venais de trouver du travail en tant que femme de ménage chez des particuliers mais n’avais toujours pas où dormir. Éprouvant de la sympathie à mon égard, ma patronne m’a donc hébergé chez elle avec mon bébé. Elle m’a été d’une grande aide, puisqu’elle s’occupait de ma petite lorsque j’étais occupée. J’avais l’impression de faire partie de la famille. C’est elle aussi qui m’a permis de retisser les liens avec mes parents. Elle les a contacté et durant plusieurs mois, les a supplié d’ouvrir leur cœur, d’accepter ne serait-ce que de venir me voir. Je n’oublierais jamais cette femme au grand cœur. C’est elle qui est la cause de mon retour chez mes parents. Aujourd’hui, je vis toujours chez eux, ils semblent m’avoir pardonné et ils aiment plus que tout ma petite fille »
, raconte la jeune femme.

Après la colère vient, parfois, le moment du pardon. Plutôt que de tergiverser sur la manière dont bébé a été conçu, certains se penchent plutôt sur la manière d’accueillir ce dernier. Lui offrir le meilleur, devient alors primordial.

Par Darine Habchi

Leave a Response

Chargement...
Aller à la barre d’outils