Haute couture

Peut-on parler de Haute Couture en Algérie ?

En Algérie, on associe systématiquement la confection de vêtements traditionnels à de la Haute Couture. Beaucoup de créateurs veulent s’approprier ce label sans savoir s’ils répondent aux exigences du métier. En effet, son attribution Outre-Méditerranée requiert des critères précis et rigoureux. A ce titre, peut-on vraiment parler de haute couture en Algérie ?

La notion de Haute Couture est née en France au 17ème siècle, période propice aux arts et à la création. Le fondateur de la première chambre syndicale de la Couture Parisienne n’est autre que Charles Frederick Worth. A l’origine cette chambre permettait aux richissimes clients de la Cour royale de se faire confectionner des vêtements de luxe sur mesure.

Depuis les choses ont bien évolué. Aujourd’hui, l’appellation “Haute Couture” est juridiquement protégée par le ministère de l’industrie française, pour faire partie de ce cercle très fermé, les maisons de haute couture doivent répondre à un certain nombre de critères. Parmi ceux-ci figurent :

  • La participation régulière aux défilés
  • Le travail de haute façon
  • Le choix des tissus
  • Le nombre d’artisans dans les ateliers…

En Algérie on trouve de nombreuses maisons de couture renommées au niveau régional ou national. Certains stylistes et créateurs font preuve d’une créativité et d’une énergie sans faille, permettant ainsi une évolution de la création. Sous les mains des plus talentueux, les vêtements traditionnels prennent un caractère luxueux. Mais est-ce suffisant pour parler de Haute Couture ?

D’après les critères énumérés précédemment non. La notion de Haute Couture est beaucoup plus récente en Algérie puisqu’avant les années 80, les femmes constituaient elles-mêmes leurs vêtements traditionnels en ayant recours à plusieurs intermédiaires comme les tailleurs, les confectionneuses et les petites mains. C’est grâce à des stylistes comme Yasmina Chellali, Nassila ou encore Zerrari que la création de luxe va se développer. D’autres suivront leurs pas quelques années plus tard.

Malgré tous ces efforts, un certain nombre d’obstacles subsistent pour professionnaliser cet artisanat de luxe.

Le premier obstacle rencontré est le manque de moyens et de soutien étatique. Aucune réglementation n’existe pour encadrer la profession. Les maisons sont livrées à elles-mêmes. Le créateur est styliste, couturier, manager, vendeur… Il a donc beaucoup moins de temps à consacrer à la création. De plus, ce manque d’encadrement peut conduire à certaines dérives (plagiat, contrefaçons…) qui peuvent davantage appauvrir la création. Ceci peut amener certains stylistes à travailler dans le secret, certains décident délibérément de ne pas présenter leurs collections au public (ce qui est contre productif et incohérent), laissant ainsi passer leur chance de se faire un nom dans le milieu. A cela, vient s’ajouter le manque de représentativité. Très peu de défilés sont organisés dans le pays. Il n’existe pas de fashion week en Algérie et les défilés organisées ne sont pas assez nombreux pour permettre de lancer des tendances ou d’encourager les jeunes talents.

Enfin, il faut savoir que le métier reste en panne car il existe un manque de reconnaissance au niveau international de la mode algérienne, même si de nombreux stylistes ont déjà tenté d’exporter le luxe algérien. La créatrice blidéenne Hassiba Chambaz a précisé dernièrement à nos confrères du quotidien national El Watan qu’“Elle [rêverait] de voir l’épouse de Barack Obama porter le karakou.”.

Malgré toutes ces bonnes volontés, l’essor de la haute couture doit s’appuyer sur un véritable appui étatique qui permettrait, grâce à des soutiens financiers et à des réglementations plus strictes de professionnaliser tous les métiers qui composent le milieu.

D’après vous, peut-on parler de haute-couture en Algérie ?

Amal Berrahma
Crédit photo : Photo : Défilé de Yasmina Chelali

6 commentaires

  1. Article très intéressant. C’est vrai que de nombreuses couturières se donne l’appellation de stylistes ou modélistes sans en mesurer la noblesse, elles surfent sur ce label uniquement pour justifier des prix exorbitants sans assurer une finissions parfaite, ni haute gamme. Car la haute couture c’est lorsque le luxe rencontre la création, le raffinement et la noblesse des matières et la maison qui les fabriquent. Aujourd’hui en Algérie, nous avons d’excellents talents.
    Mais ce n’est pas qu’un soucis d’infrastructure ou de financements. Car certains font défiler leurs collections à l’étranger avec l’aide d’ambassades et consulats d’Algérie.

    Mais c’est un soucis de médiatisation, de communication. De nos jours tout le monde “pompe” sur les tenues algériennes. Alors que si nos tenues étaient “brevetées” exportée à l’étranger par l’intermédiaire d’égéries algérienne la donne serait tout autre.

    Pourquoi nos couturières et stylistes de renommées ne proposent pas des Karakou à des égeries célèbres d’origine algérienne ? C’est tout simple, mais personne ne le fait.

    Nous n’avons pas une Première Dame en Algérie, qui peut porter nos tenues aussi pour leur faire la promotion. Ainsi ça pousserait les créatrices, à créer d’avantage, à pousser les gens à s’interesser.

    Des Ateliers doivent etre créer. Dans toutes les familles algériennes se cachent une artiste du perlage, de la broderie Fetla, du majboud. Pourquoi ne pas réunir ces talents ? Former les générations futures à cet artisanat, qui pourraient devenir le rendez-vous annuel de la mode algérienne, et de la Haute couture Made In Djazaier.

    Toutes ces choses se perdent malheureusement. De grossières negafates s’approprient le titre de Haute Couture pour se faire un nom, et berner les jeunes mariées. Ce label est utilisé non pas pour les critères qu’il requiert, mais pour la prétention des couturières, pour justifier leurs arnaques aux clientes.

  2. Tout à fait Bassoum!!!!J’ajouterai juste que la femme Algerienne,ne se soucie guère du patrimoine vestimentaire que nous ont légué nos ancetres.Tu remarqueras que dans les mariages elles s’habillent de plus en plus en sari,caftan “marocain” qui est à l’origine perse,meme Neggafa ce n’est pas de chez nous,une perte d’identité totale et déplorable!!

  3. Exact Bassoum ! On constate de plus en plus d’arnaque, tout ça parce que la confection de vêtements tradi n’est pas prise au serieux chez nous

    Déjà la grande faiblesse de la haute couture en Algérie c’est: quid des écoles de stylismes ? Comment peut on ésperer le développement de la haute couture dans notre pays, esperer un nouveau souffle, si déjà les jeunes génerations ne sont pas formées ? Pour preuve, on constate que les stylistes “haute coutures” ( Menouba création, Mayssa ect…) ont souvent exercé d’autre métiers/ études.

    Et puis y’a aussi un problème de mentalité: l’école d’ingénieur ça le fait nettement mieux que l’école de stylisme. Comme si la couture était un savoir qui pouvait se transmettre que de mère en fille..

    Dans de tels conditions comment ésperer qu’on ai un jour une fashion-week, des créations qui s’exportent ?

    Et puis comme l’a dit Bassoum, on n’a pas les meilleures ambassadrices nationales qui soit ! Elles snobent nos créations et nos créateurs. Pourtant qu’est ce que ce serait géniale de voir une Leila Bekhti, Sabrina Ouazani ect.. lâcher un peu leur robe fourreau Atelier Versace et les troquer contre des créations Karim Sifaoui .

  4. Je suis parfaitement d’accord Cerise.

    Nos stylistes ne font pas non plus de grands efforts. Dans ce domaine, il faut se constituer un répertoire, et se faire de la promo, il ne faut pas hésiter à foncer. Des modélistes qui se contentent de quelques articles de magazines algériens, ce n’est pas assez, il faudrait qu’elles aillent chercher l’autre, attiser sa curiosité. Notamment celui ou celle qui ne connait pas nos traditions.

    Beaucoup de femmes d’origine algérienne ont une renommée de nos jours, des mannequins algériennes, des actrices, des chanteuses etc. Pourquoi ne pas leur proposer de sublimes tenues, de magnifiques karakou ou robes berbères de chez nous. Ca ferait la une des mag’ étrangers qui s’y intéresserait de près et tout le monde à, à y gagner. Il n’y a qu’a voir Aishwarya Rai qui porte des saris sur le tapis rouge. Ou les japonaises qui n’hésitent pas à mettre en avant des kimonos.

    Pour les écoles de stylisme, ca aussi c’est un soucis de formation. Tout comme en sport. Quand quelqu’un réussi, il ne pense qu’a aller perçer à l’étranger ou à faire des choses pour lui. Mais personne ne se dit j’ouvre une école de formation, un centre, etc .. pour perpétuer le savoir faire, donner la chance à une génération future qui n’a pas appris.

    Mais bon … c’est que du buisness et ça se limite au titre de HAUTE COUTURE sans véritable légitimité.

  5. Oui. On peut. Parler. De. Haute. Couture Mais. Seulement. Pour. Les tenues traditionnelles

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