Abdul’Krim Benchoubane, le designer de la haute couture

L’esprit vif, l’allure alerte, la fibre poétique, c’est à Paris, ville des lumières et de la mode que le couturier, Abdu’lkrim Benchoubane, s’essaya dans les années 50, tel un récipiendaire, à se frotter à la cour des grands de la haute couture. De fil en aiguille, il s’attela à monter sa propre maison en se mesurant, non sans aléas, aux Givenchy, Courrèges et autre Ferraud avant de leur porter, parfois, la dragée haute tant son talent et son label volaient haut.

Après avoir suivi des stages, il devient styliste de mode. Dès le départ, il mise pour la création de sa propre maison de couture, marquant ainsi son empreinte artistique. Il y réussira d’ailleurs avec beaucoup de succès. Au départ, dit-il, il n’était pas facile de rivaliser avec le monde de la mode. Pour ce faire, il s’est entouré de techniciens de grandes valeurs et s’est attelé à apprendre la technique. Christian Dior lui a été d’un apport moral appréciable avec ses conseils alors que Benchoubane venait à peine de faire ses premiers pas dans la haute couture. Il était, pour ainsi dire, le premier couturier à développer l’idée du prêt-à-porter.

“Mon souci était de démocratiser la haute couture et la mettre à la portée des bourses moyennes. L’idée du prêt-à-porter était de permettre à une simple dame ou à une secrétaire de bénéficier de nos talents, tout en gardant l’esprit de création”, dit-il.

En 1966, il ouvre, à la rue François, sa boutique, spécialisée dans le vêtement de femme, sous la griffe Marc Vaughan. Benchoubane n’est le disciple de personne. Il est le reflet de lui-même. Il est, comme il le dit si bien, le reflet de sa propre inspiration. Parmi sa clientèle figuraient des personnalités, à l’image de la princesse Marie-Clotilde Napoléon ou la comtesse Waleska. Il a également réalisé les uniformes de la compagnie Havas et la firme Thompson. Au cours des années soixante, il a réalisé un modèle de base sur le volume quadrangulaire, une forme géométrique qui a connu un succès de par le monde.

“Je tiens à inscrire mes compositions dans la durabilité.”

Les critiques de mode l’ont classé dans la ligne du style pur et rigoureux. Le secret de la réussite de Abdul’krim Benchoubane réside dans le travail bien architecturé. “Néanmoins, la conception d’un modèle commence avec la page blanche et un crayon. L’idée germe au fil des semaines. En fait, le travail de création de mode se résume à 150% d’inspiration et 99% de transpiration”. Après 50 ans de travail dans la création, le couturier porte une appréciation négative concernant la mode actuelle. Il estime que la mode est en perpétuelle effervescence, qui ne cesse de subir des influences ; cependant, il dénonce l’intrusion du rythme de la technologie. Cette dernière porte un coup sérieux à la création artistique.

“Je trouve qu’il y a une séquestration de l’esprit au profit de l’esprit mercantile.”

Après un parcours auréolé de succès, Benchoubane ressent une certaine satisfaction, car il a réussi sur les plans intellectuels et artistiques.

“Le créateur de mode est avant tout un homme d’art”.

Bien que s’étant retiré du milieu de la couture, Abdul’krim Benchoubane souhaite s’occuper de la beauté de son pays, en servant sa patrie et en apportant son expérience aux jeunes. En outre, il reste disposé à offrir ses services aux firmes et autres institutions algériennes.

Nassima Chabani

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