Enfant et déjà promise à un autre : un témoignage poignant

Elle n’est qu’une enfant quand ses parents décident de la promettre en mariage à un garçon d’âge rapproché. Les deux familles décident de fiancer leurs enfants à un âge très précoce et se promettent de les marier une fois qu’ils seront adultes. Cette tradition était très répandue dans de nombreux pays où la noblesse et la royauté utilisaient le mariage comme un moyen de faire des alliances et d’étendre leurs pouvoirs. Aujourd’hui, cette coutume perdure dans certaines contrées algériennes, la rédaction de Dziriya.net a pu rencontrer une de ces femmes. Témoignage.

“Je suis née et j’ai toujours vécu en France. Chaque année on partait en famille passer nos vacances dans le village kabyle de mes parents, et chaque année je le voyais. On jouait ensemble, on rigolait comme des frères. Petit à petit, ma maman m’explique que c’est lui l’homme de ma vie. Je ne comprenais pas mais je me sentais rassurée. C’était d’ailleurs les meilleurs moments de toute ma vie. A l’adolescence, je commence à comprendre un peu mieux les choses et je finis par faire la distinction entre amitié, fraternité et amour. Ma mère me disait aussi de ne pas en parler à mes copines en France, car elles seraient jalouses et ne comprendraient pas.

Mes parents prennent la décision (peut-être à cause des événements?) de ne plus me laisser le voir. Pendant 8 ans je ne vais plus en Algérie qui était en plein terrorisme. L’éloignement n’a fait que croître mon amour pour lui, c’était comme s’il me manquait quelque chose. Il était toujours dans mon cœur et j’ai sagement patienté en sachant pertinemment qu’il serait mon époux un jour ou l’autre. C’était naturel pour moi, je lui étais destinée, c’était ainsi et pas autrement. A vrai dire, je m’en accommodais très bien, je voyais bien mes amies qui vivaient des déceptions en continu et qui se perdaient dans la quête d’un homme.

Nos parents décident de nous marier en été 2007. Ils prévoient de faire un grand mariage. J’étais très enthousiaste même si je me rappelle que j’ai eu du mal à l’annoncer à mes amies qui m’ont toujours vu seule.

Le mariage se passa tellement vite que je ne pourrais pas vous donner les détails. Mes souvenirs de cet événement sont flous comme si mon esprit était détaché, j’ai l’impression d’avoir vécu un rêve, pas dans le sens féerique mais plutôt dans le sens où je ne contrôlais rien. On faisait tout pour moi.

Après le mariage, j’ai commencé à le connaître, je voyais qu’il y avait un grand décalage entre nous, j’ai grandi en France, il a grandi dans une campagne kabyle. J’ai fait des études, il est sorti très tôt de l’école, je ne sais même pas quel niveau scolaire il a. Mais surtout, je ne le sentais pas impliqué dans notre relation, je me suis battue pour le faire venir en France. Les gens ne se rendent pas compte à quel point c’est difficile. Je devais prouver à l’administration française que j’avais une situation stable. J’ai mis une bonne année à trouver un emploi ensuite j’ai dû chercher un appartement, le meubler de A à Z, j’ai dû faire de nombreuses démarches. Deux ans après notre mariage, il arrive en France ne se rendant même pas compte de tout ce que j’avais entrepris pour l’amener. Lui ici, je pensais pouvoir souffler, mais il n’en était rien, je devais patienter qu’il trouve un travail, qu’il s’adapte à ce nouveau pays.

Je n’étais pas heureuse, tous mes rêves, mes espoirs venaient de s’envoler, mais je voulais quand même y croire. Je n’avais pas le choix, c’était l’homme de ma vie, on me l’avait rabâcher depuis mon enfance. Je ne pouvais pas m’imaginer vivre avec un autre homme, mes parents seraient tellement déçus, et moi je ne saurais même pas comment m’y prendre.

Aujourd’hui, je vis avec lui comme une âme perdue. Nous n’avons aucun rapport en commun. Je me sens prisonnière de mon éducation, je n’ai jamais été actrice de ma vie, seulement spectatrice et maintenant je me sens fatiguée, épuisée par la vie et je pense que je continuerais à subir mon existence jusqu’à la fin.”

Du mariage arrangé au mariage forcé, il n’y a qu’un pas. Cette femme, comme son mari, ont été contraint de se conformer à une décision qui n’étaient pas la leur alors même que le mariage est fondé sur le consentement mutuel. Or, il est évident que ce couple ne s’est pas choisi. Même si ce type de mariage de convenance familiale est d’un autre âge, il est en recrudescence dans certaines contrées algériennes en réaction à une société fébrile face à la recrudescence des divorces.

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