Honneur aux tenues traditionnelles turques à Alger

La similitude entre la broderie turque et la broderie algérienne est indéniable.

Organisé par l’ambassade de Turquie, en collaboration avec le ministère de la Culture algérien, un somptueux défilé de tenues traditionnelles turques a eu lieu, mercredi soir au palais de la culture Moufdi Zakaria de Kouba, Alger. C’est en présence de l’ambassadeur de Turquie, Ahmet Nicati Bigalin, de la ministre de la Culture, Mme Khalida Toumi, et d’un public nombreux que le défilé a été étrenné d’une belle et langoureuse musique turque. Quelques secondes plus tard, deux mannequins à la démarche altière et au corps élégant ont donné un premier aperçu sur cette riche garde-robe turque.

Pendant plus d’une heure, les convives ont pu apprécier les différentes passementeries, le tout réalisé sur des tissus luxueux. La cinquantaine de modèles présentés variait entre des tenues de femmes turques du sud de la Turquie, des tenues de sultan et des caftans du palais ottoman qui ont occupé une place de choix. Des fonds de robes enfilés sur des soutanes en velours laissaient entrevoir des broderies richement travaillées au fil d’or. On pouvait également apercevoir un pantalon ocre style Aladin, cintré par des jambières, porté avec un boléro finement travaillé au «medjboud».

Aussi, la tête était ceinte d’un grand terbouche et les serouals «m’douar» sont mis sur de beaux chemisiers en mousseline simple. Comme pour mieux accommoder cette tenue de fête, un genre de manteau en forme de panneau à miroirs ovales est jeté sur les épaules. Les ornements polychromes et multicolores étaient cousus de fils multicolores. La plupart des tissus en velours étaient brodés à la main de fil d’or avec un motif de feuillages stylisés et de grenades renfermant des petits bouquets, des dessins fantaisistes très convoités de nos jours.

La collection a également dévoilé des costumes nobles portés par des personnes du sérail ottoman : des robes droites aux tissus scintillants, des pantalons bouffants portés avec des gilets et de longues vestes étaient colorés avec des ornements de pierres précieuses et de corail. Quant aux costumes de style turc, ils seront portés avec une jupe ou avec un pantalon style «harem». Les modèles étaient très variés : avec des fentes, des paillettes ou sans, ils rajoutaient beaucoup à l’image de l’ensemble.

Toute cette collection a été réalisée par des artisanes de l’Institut d’Adana en Turquie qui ont pour tâche de reproduire des motifs de broderies anciens avec une touche moderne. Plus de douze instituts de ce genre existent dans différentes villes de Turquie. Au bout d’une formation de deux ans, les filles qui ont suivi des cours reçoivent des certificats de formation. Le premier institut a été fondé en 1945, en vue justement de donner une formation aux filles et ce dans le domaine des arts traditionnels turcs. Selon la directrice de l’Institut d’Adana, Mme Ikbal Kalin, l’objectif principal de ces centres est de faire vivre les arts traditionnels turcs. «Chaque année, souligne-t-elle, nous recensons dans notre institut une moyenne de 5000 filles. Nous avons même eu des élèves syriens qui ont suivi ce stage.

J’espère que durant notre bref séjour à Alger, nous aurons des contacts avec les artistes, les artisans et les stylistes algériens en vue de découvrir les arts traditionnelles algériens.»Les instituts organisent des cycles d’apprentissage pour assurer la perpétuation des méthodes traditionnelles et artisanales de production. En outre, une des tâches essentielles consiste en l’archivage des objets et des œuvres produits conformément aux techniques traditionnelles. Ces instituts organisent régulièrement des expositions et des défilés de mode à travers la Turquie et dans le monde pour faire connaître les arts traditionnels turcs.

Le défilé a été clôturé par une mise en scène d’une soirée turque de henné. Drapée d’un tissu luxueux orange, assise sur une chaise, la mariée est entourée de cinq filles qui s’adonnent au rituel de la danse. L’une elles s’approche de la mariée pour lui mettre du henné sur la paume des mains. Une fois le rituel terminé, un collier de Louis d’or est mis autour de la tête et un autre autour de la main. Comme le veut l’usage de la fin, le podium est par la suite envahi par les dix mannequins qui ont participé au défilé. Surprise générale : les deux derniers mannequins sont sapés d’un pantalon blanc, rehaussé d’un spencer à l’effigie des drapeaux algérien et turc.

Il est à noter à la fin du défilé de mode, que la ministre de la Culture, Khalida Toumi, a été sollicitée par l’ambassadeur de Turquie à monter sur le podium pour une éventuelle intervention et a déclaré que son ministère est en train de plancher sur l’ouverture prochaine d’un musée national du costume algérien.

Nacima Chabani pour El Watan

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