Le culte du Familial en Algérie

En Algérie, la famille c’est sacré ! Tout tourne autour d’elle: disputes, solidarité, décisions majeures, et j’en passe. Mais là ou elle prend tout son sens c’est dans l’impact qu’elle a dans les mœurs de la société. Je m’explique : Pour qu’un lieu ou un contexte bénéficie d’une bonne réputation, il faut qu’il possède la mention: Familial. Comme gage de confiance, certificat assurant ce que j’appelle la :”No D’ssara/No Khssara”. Et de là, naissent les contradictions les plus insolites et les plus absurdes, dans une société ou ce n’est pas la minorité qui est marginalisée mais bien la majorité écrasante.

Vous connaissez sûrement cette expression : ” rana en famille” décortiquons la: elle signifie, que la Horma et la pudeur doivent être de rigueur. Grosso modo : “il ne faut pas tomber les mots”, le contexte ne le permet pas.

Mais là ou ça devient plus intéressant c’est qu’en se promenant on voit de plus en plus fleurir des lieux qui portent la mention ” Familial”. Ce qui doit logiquement signifier que le lieu n’est réservé qu’aux familles. Or cette notion est tellement floue qu’elle laisse place à une cacophonie dz’iènne.

De nos jours tout y passe:Plages, Restaurants, Kheima, cafèttes, magasins, salles des fêtes, parcs d’attraction, forets (??!), Hôtels .. Tout est “Familial”. Tout y passe. En théorie, tant que c’est climatisé et familial tu peux rentrer M’heni. Ce qui signifie qu’il n’y aura :

– Pas de couples qui se scrutent le blanc des yeux en se chatouillant les genoux sous la table.

– Nid’ados à choucha gélifiée, à la gestuelle épileptique, au rire sonore et au vocabulaire olé-olé.

– Pas de rassemblement de BBR* machouillants des chwing-um, tenants des porte-monnaie Berbery (burrbery berbère) en guise de sac à main et aux téléphones dernier cri avec sonnerie assourdissantes sur fond de Meryouli Meryouli.

– Nide jeunes nouveaux riches qui arborent des lunettes de soleil en pleine nuit même dans des lieux fermés, pour se donner des faux-airs mystérieux, mais qui auraient mieux fait de se payer les prémolaires et les neurones explosées par la Chicha, qu’une paire de Ray Ban.

– Pas de types en galère qui scrutent les lieux publics gauche-droite comme s’ils étaient à la finale de Roland Garros, mais eux ce qu’ils cherchent c’est la Sharapova locale.

– Pas de ananiches mixtes, venus fêter la fin du couvre-feu parental qui les fait trop “chi-er”.

– Pas d’étrangers aux moeurs légères et aux envies insolites et à qui il faut toujours dire “oui”, parce qu’ils sont déjà pas très nombreux..

Donc si on enlève tout ça, tout ce Herbèj, qui reste t-il ? Les familles.

Des papas et des mamans, avec toute leur joyeuse descendance, heureux de manger au resto pour se prouver inconsciemment qu’ils n’ont pas foirer leur vie puisqu’ils ne sont pas dans la liste noire du dessus./Des tontons et des tatas, un brin râleurs, un brin blageurs. Des “zimigris” cramésbronzés à l’accent frenchimarqué,venus passer quelques jours paisibles au bled. Quelques jeunes couples avec enfants, des fonctionnaires jeunes mais bayninewled familiya. Tout un petit monde qui témoigne à la télé : ” walah ghir Jaw 3aili hayel, les famééé c’est bien,jina net’berdou” ..

Bref, Bienvenue chez les bisounours. Là ou on ne veut rester qu’entre gens bien, “on famé” (lire: en famille). Une des émissions Tv qui a connut le plus de succès c’est : Aylaaaaaa … Hayla (je sais que tu la sais), un des films les plus cultes c’est: Ayla Ki Nass ! La famille, cette lubie, cette obsession, le pire c’est qu’on critique tous la famille, “hami jani men demi ” (traduc’: la mierda vient de ma mifa) mais nous même nous veillons à la sacraliser.

î”Allo, oui on sort ce soir ? oui on emmène les enfants tu viens ? ouii tinkiet c’est un endroit familial, mon maré 9ali, sinon mayedinach, toi même tu sais.”

Exemple, parmi tant d’autres des phrases toutes faites que nous répétons ou que nous entendons sans cesse. Pour avoir le droit d’entrer dans un lieu lambda tu dois ruser, ou plutôt procréer, ne pas imposer ton délit de sale gueule, et paraître Intik, Normal dans le pire des cas. Si tu t’es marier, tu as eu des gosses et des petits enfants, c’est que tu as tout réussi. Ton livret de famille c’est le précieux sésame, ton visa d’entrée. Tu l’as, alors tu regarde les autres, ces bayrines, et bayrèttes de haut, ces jeunes insouciants qui n’ont rien piger à la vie et qui devront rester entre eux dans des endroits glauques.

Combien de jeunes j’ai vu à l’entrée des salles de spectacles, des piscines et qui supplient des dames; “Tata dakhlina t3ichi, walah ghir j’ai acheter les billets mais makhalawnach nedekhlou”. Parfois leur seul délit c’est juste d’être jeune, .. dans un pays de jeunes. Parfois on soupire soulagées que le lieu est bien fréquenté mais dès que nous regardons autour de nous, qui voyons nous ?nos collègues, nos amis, nos voisins. Tu sors te changer les idées, et tu ne croise que les gens que tu connais, qui te sortent par les trous du nez.Hna fi Hna w l’berani yrouh ****. (indice: ça rime)

Parfois j’ai envie que cette mention saute. C’est quoi cette histoire de ” Familial” quirepose sur le crâne comme une épée de Damoclès. Combien de fois j’ai dut rassurer mes parents à coup de ” Mama : FAMILIAL ! on va pas dans un endroits chelou” car la vue de trois chouchèttes gélifiées à 5 mètres de nous la met en panique. Combien de fois je me suis faite devancer sur une file d’aéroport,sous prétexte qu’eux sont en famille (et ont la priorité) et que moi je suis jeune, et seule, et donc en bonne santé et je peux me taper une heure de plus à attendre dans une file. En gros : “reviens dans 5 gosses, et une pré-ménopause au compteur,gamine!” Ah oui, c’est vrai je n’ai pas le fameux livri wah.

Parfois ça m’exaspère cette façon de stigmatiser, de repousser les gens, les envoyer bouler, pour laisser “les warriors de la vie” entre eux, et les “pseudo-loosers” entre eux, si nous avons eu une chance de sortir en famille, certains ne l’ont pas eu, pourquoi ne pas se mélanger tout simplement comme partout. Parfois ça me donne envie de vous balancer un billet salé, un coup de gueule ensanglanté à coup de “laissez moi tomber les mots”. Puis je me ressaisie, je me calme, ou plutôt je “keep calm” oui je parle djeun’s, et je me dit : “na3li chitane sur le Patio, tu es lut par tout le monde, et surtout Semhoulna Rana En Famille ! ” 🙂

 

* Blonda Bla Rabi.

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