Le Keffieh sur les podiums : L’étendard de la résistance palestinienne devenu… fashion

L’étendard de la résistance palestinienne est devenu fashion et trendy après que Nicolas Ghesquière l’ait relooké dans son défilé automne-hiver 2007/2008 pour Balenciaga. De grandes enseignes comme H&M ou Zara ont flairé la bonne affaire.

Alors que Balenciaga a agrémenté le keffieh de franges argentées, de médailles et de breloques colorées, de nombreux créateurs lui ont conféré un côté bohème-chic. C’est ainsi que le keffieh change de registre et se négocie parfois autour de 1500 euros. Il est même exhibé par des célébrités comme l’acteur Colin Farrell ou le footballeur David Beckham. Certains s’agacent de voir le foulard palestinien relégué au rang d’accessoire de mode. Le journal libanais Al Akhbar s’est insurgé contre le fait « de dévier un symbole sacré », de le « transformer en simple produit de consommation ». « Comment se fait-il que le keffieh tant décrié part les Occidentaux soit aujourd’hui fashion ? Le terrorisme est-il devenu à la mode ? », s’interroge le journal libanais. Il craint que les jeunes fashionatas s’emparent de ce foulard sans se soucier de la portée symbolique qu’il a.

Face à la déferlante du keffieh palestinien, Israël a réagi à sa manière. Un créateur israélien a inventé un « keffieh israélisé », bleu comme le drapeau israélien, avec l’étoile de David comme motif. Une initiative qui a soulevé l’ire des commentateurs arabes offusqués par cette récupération abjecte du patrimoine culturel arabe. Dans un livre intitulé 100 Myths about the Middle East, (les 100 mythes du Moyen-Orient), Fred Halliday affirme que le foulard devenu aujourd’hui l’emblème de l’identité palestinienne est de création récente. Il aurait, selon lui, été inspiré d’un modèle dessiné dans les années 1920 pour la célèbre Légion arabe par une société commerciale sans doute d’origine syrienne, mais installée à Manchester. Plus sérieusement, une industrie du textile spécialisée dans le keffieh existe depuis des siècles en Irak à Koufa, ville qui lui aurait donné son nom.

Les paysans du Moyen-Orient portent, sans doute, depuis plus longtemps encore, un morceau de tissu enroulé autour de la tête, leur permettant de se distinguer des citadins. Au cours du soulèvement populaire mené en 1936 contre la présence anglaise en Palestine, le keffieh a revêtu alors une importance capitale pour les Palestiniens. Les révolutionnaires portaient, à l’époque, le keffieh qui leur servait à se protéger le visage et à ne pas être reconnu par les Britanniques. Mais cela les rendait bien évidemment plus repérables dans les villes, et les arrestations se multipliaient car les porteurs du keffieh étaient considérés comme des opposants. C’est alors que toute la population fut appelée à porter le keffieh. Les citadins abandonnèrent le tarbouche pour porter le keffieh, qui était, comme écrit plus haut, une coiffe paysanne. Dans les années 1980, les militants de la gauche se sont emparés de ce foulard pour signifier leur sympathie pour le peuple palestinien. Les mots ont un sens, les vêtements ont un signifiant.

Le keffieh reste éternellement associé au leader palestinien, Yasser Arafat. L’homme, qui savait cultiver son image, a fait du keffieh une signature graphique. Maintenant que la mort du « keffieh made in Palestine » est annoncée pour cause de « concurrence chinoise », on craint que ce foulard soit dévoyé à souhait, comme l’a été l’image de Che Guevara.

Amel Blidi

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