Miss Hayek 2012 : « le grand gagnant de ce concours est le Hayek »

Il y a deux ans, est née une initiative d’un nouveau genre, sur le célèbre réseau social Facebook : l’élection de Miss hayek. Ce concours n’est pas un concours de beauté classique puisque c’est un vêtement traditionnel maghrébin, et de surcroit algérien qui est mis à l’honneur : le Hayek (voile blanc). Avec pour but principal : le réhabiliter.

Pour sa deuxième Edition, le prix Miss Hayek 2012 et d’autres récompenses ont été remis le 25 février de cette même année à Tlemcen. Pour évoquer cette initiative intéressante, la créatrice et l’organisatrice de ce concours Mme Ismahan Ouaret, à accepter de répondre à nos questions, et de nous éclairer sur cette manifestation culturelle très originale.

Quel est l’objectif d’un tel concours Mme Ouaret ?
Ce concours a pour but de réhabiliter le Hayek, que nous mettons à l’honneur à travers notre initiative. Rétablir donc son identité algérienne, mais aussi l’intégrer à l’artisanat de notre pays, afin de le diffuser, et de le faire connaitre et pourquoi pas de l’exporter. Le but de ce concours est aussi de faire découvrir le talent de jeunes photographes algériens.

Parlez nous un peu plus de cette initiative née sur un réseau social.
Le concours s’est déroulé du 30 novembre 2011 au 10 fevrier 2012 sur Facebook. Nous avons noté vingt trois participations pour cette année, sur une page qui comprend plus de deux milles membres de tout âge, de toute profession. Notre initiative a été soutenue par de nombreux artistes et célébrités algériennes. Les prix ont été remis après délibération d’un jury constitué de sept membres (six voix et la septième accordée au vote du public sur la page). Ainsi nous avons put remettre les prix de la meilleure mise en scène, la plus originale, la plus belle mariée en Hayek, la plus belle Hadja en Hayek, et le grand prix : Miss Hayek 2012. Mais je tiens à préciser que « Le grand gagnant de ce concours est le hayek ».

En quelques mots que symbolise pour vous le Hayek ?
Il symbolise l’élégance et la féminité, mais aussi l’algérianité et le raffinement.


Quels sont les projets, les buts que vous envisagez avec cette manifestation ?

Le Hayek protège nos femmes et c’est à nous de protéger le Hayek pour la protection de notre patrimoine. Cette initiative est donc importante à nos yeux. Nous envisageons d’ailleurs de programmer une troisième édition du concours Miss Hayek, à partir du mois de septembre cette fois ci, nous souhaitons avoir une participation plus massive.


Le Hayek représente t-il pour vous une Algérie traditionnelle ou une Algérie Révolutionnaire ?

Sans aucun doute, le Hayek représente mon Algérie révolutionnaire ET traditionnelle à la fois. Il est évident que tradition et modernité peuvent s’épouser raisonnablement et les femmes algériennes savent mêler ces deux notions.

Le prix à été remis à Tlemcen. Est-ce une manière d’honorer la culture de cette ville qui tient encore fort aux traditions ?
Il se trouve que de nombreux facteurs ont favorisés la célébration de Miss Hayek à Tlemcen. Tout d’abord cela cadrait parfaitement avec l’initiative : Tlemcen Capitale de la culture islamique 2011. Les regards sont tournés vers Tlemcen. De plus, rendre hommage à cette ville à travers le Hayek est une marque de respect, de sauvegarde et de valorisation de notre patrimoine algérien. Mais il faut souligner que d’autres villes d’Algérie sont encore porteuses de ce phare de notre belle culture et civilisation arabo-berbère comme Alger, Blida, Bejaia, Jijel, Ghardaia, Biskra etc.


Pensez vous que si ces initiatives étaient plus nombreuses, plus médiatisées elles pourraient mener nos tenues vers une reconnaissance internationale, vers un rendez-vous attendu par tous ?

Les initiatives doivent se multiplier énergiquement. C’est un DEVOIR. Nous devons étendre cette Renaissance du Hayek à l’échelle nationale d’abord, pour espérer ouvrir une porte vers la reconnaissance internationale. Et une médiatisation bien menée ne peut être qu’une réussite et devenir un événement attendu par tous.


Le Hayek à été remplacé par la djelaba et le Djilbab venus d’autres cultures. Qu’en pensez-vous ?

Ce phénomène d’importation de Djellaba et du jilbab, est une preuve de notre ouverture aux autres cultures, cela fait partie de notre caractère d’algériennes et d’algériens. Nous importons ce qui vient d’autres us et coutumes et ce qui dépasse nos frontières. C’est une ouverture d’esprit intéressante certes, mais elle ne doit pas se faire au détriment de notre patrimoine. Nous ne devons pas perdre notre identité, notre algérianité, et encore moins marginaliser ce que nous avons héritées de nos ancêtres. Il faut se poser cette question : qu’allons nous transmettre aux générations futures ?
Car selon moi, l’impuissance de réparer l’oubli, c’est juste inconcevable. Le Hayek a sa place et ne peut se substituer à aucune autre culture importée d’ailleurs. Et, je ne peux m’identifier ni au jilbab ni à la djellaba. Le Hayek me parle, c’est à la fois le choix de la raison et celui du coeur.


Un petit mot pour les lectrices de Dziriya.net ?

J’ai été honorée par l’intérêt que porte votre magazine à cette initiative. Je vous en remercie. Quant à nos chères lectrices fidèles et attentives de « dziriya.net » je les remercie et je les invite à une profonde réflexion au sujet du Hayek et de sa réhabilitation. Je saisie l’occasion pour lancer un appel aux stylistes-modélistes qui pourraient par leur créativité faire évoluer le Hayek, tout en gardant sa fluidité et en protégeant son authenticité. En faire une étoffe plus fonctionnelle qui s’adapterait à la société contemporaine. Ainsi, les algériennes ne pourront plus prétexter son inconfort, et surtout pour qu’elles puissent renouer avec cette tradition en joignant l’utile à l’agréable.


Il ne me reste plus qu’à vous remercier au nom de toute l’Equipe de Dziriya.net, pour votre noble et honorable initiative, mais aussi pour votre disponibilité. Je vous souhaite une bonne continuation, ainsi qu’une longue vie à ce concours.

I.A

Ibtissem Aouam | 11/03/12
Photo : Yasmina Kazi Tani (Miss Hayek 2012) est photographiée par Saad Taleb Bendjab
Crédit photo : Ibtissem Aouam

No Comments Yet

Leave a Reply

Your email address will not be published.