Naïma : Mon ex-mari m’a brûlé les yeux avec de l’acide

 

Récit d’un enfer vécu par cette femme meurtrie qui a décidé de briser le silence. Elle a livré un témoignage poignant sur les violences que lui a fait endurer son ex-tyran domestique. C’était lors d’une rencontre organisée, mercredi dernier, par l’association Ikhoulaf, au centre de formation professionnelle d’Akbou (Béjaïa), à l’occasion de la Journée internationale contre les violences faites aux femmes. «Mon ex-mari est dangereux, il voulait me tuer», dit, d’une voix éteinte, cette villageoise blonde au visage rond et triste et à la silhouette mince. Son regard porte encore les stigmates d’une vie de violences et de souffrances. «Dans la nuit du 15 janvier dernier, il m’a rouée de coups de pied avant d’asperger mon visage avec de l’acide. Il voulait me forcer à le boire, car je voulais demander le divorce.

Il a pu me faire boire un peu d’acide. Il a ensuite jeté le liquide sur mes yeux. J’ai eu des brûlures atroces à la bouche, au tube digestif, aux yeux et au visage», raconte-t-elle, en larmes. Elle a été hospitalisée dans un état grave. «J’ai perdu la vue. Je suis restée 4 mois plongée dans le noir à l’hôpital Mustapha Bacha, à Alger. Puis, j’ai fait un séjour thérapeutique de 20 jours en Tunisie», poursuit-elle. Aujourd’hui, elle commence à peine à apercevoir les choses. «Mon ex-mari me disait que j’étais une moins que rien», dit-elle. «Des banalités le mettaient en colère. Les difficultés financières l’ont rendu très violent», dénonce cette mère de trois enfants. Elle se souvient avoir été battue à coups de pied à plusieurs reprises, alors qu’elle était enceinte.

«Une fois, pour calmer ma faim, j’ai dépensé 50 DA pour acheter du cachir. Il m’a alors tabassée en me reprochant de ne pas faire d’économies. Il m’a rouée de coups», relate-t-elle d’une voix épuisée.
Au cours des dix années passées sous la coupe d’un époux violent, Naïma n’a jamais goûté au meilleur. Elle n’a connu que les gifles qui l’étourdissaient et toutes sortes d’agressions verbales et physiques. «Où est le problème ? Après tout, tu es casée. Pour le meilleur et pour le pire», lui répétait sa mère, la seule personne à qui elle se confiait, avant de consulter une psychiatre. «Elle m’a donné un traitement. Mais cela n’a servi à rien», affirme-t-elle.

Le juge vient de prononcer le divorce en lui confiant la garde des enfants. Le tribunal a aussi ordonné à son ex-mari de lui octroyer une pension alimentaire de 3000 DA pour chacun de ses trois enfants et 5000 DA pour la charge locative. «Un enfant peut-il vivre avec 3000 DA ?», désespère-t-elle. Cette jeune femme a porté plainte pour les actes de violence qu’elle a subis. L’instruction judiciaire est en cours. Aujourd’hui, elle ne veut plus garder le silence ; elle se fait un devoir de témoigner, de dire qu’il y a un mot pour qualifier cette violence conjugale : le crime.

Source : El Watan

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