Pause vérité avec Khalida Toumi

On ne présente plus Khalida Toumi. cette femme est un symbole à elle toute seule, celui du courage et de l’insoumission. Elle a été de toutes les luttes sociales et politiques pour l’ouverture de l’Algérie au processus démocratique et a adhéré pleinement à la concorde civile proposée et mise en place par le Président Bouteflika. Najet Azizi-Mehenni s’est entretenue avec elle en exclusivité pour Dziriya.net.

Najet Azizi-Mehenni : Vous avez été nommée Ministre de la culture en 2002, charge pour laquelle le Président de la République vous a maintenue sa confiance en 2004. Quel était votre cahier des charges au moment de cette nomination ?

Khalida Toumi : Ayant été investie de la confiance de Monsieur le Président de la République, je me suis attelée à la mise en œuvre de son programme présidentiel qui consacre une place importante au développement et au rayonnement culturels.
L’ambition de vouloir rétablir la place de la culture en tant que vecteur de consolidation de la cohésion nationale et en tant que vecteur d’émancipation citoyenne et de développement durable a constitué les référents de notre politique culturelle dont les contours sont fixés par le programme présidentiel.

Il s’agissait d’amorcer une nouvelle dynamique qui consiste notamment à combler les déficits cumulés depuis longtemps en matière d’infrastructures et équipement pour assurer un meilleur maillage du territoire national, de rétablir la confiance avec les créateurs en initiant des programmes culturels touchant aux différentes disciplines littéraires et artistiques et en favorisant les opportunités de travail des créateurs et d’engager un travail de sauvetage de notre patrimoine culturel avec tout ce qu’il représente comme valeurs identitaires et comme mémoire commune du peuple algérien.
En fait, il s’agissait de tracer toute une politique culturelle qui consiste à tracer un programme de textes de loi et de règlements, un autre en infrastructures et un troisième en moyens financiers et en structures à créer pour atteindre les objectifs tracés par Monsieur le Président de la République et ce dans tous les domaines (patrimoine culturel, livre, cinéma, théâtre etc).

Quel bilan tirez vous aujourd’hui de ces actions ?

Notre grande satisfaction réside dans le fait que la place de la culture dans le développement durable est consacrée et consolidée et que la culture n’est plus appréhendée désormais comme un appendice au développement mais comme axe essentiel à l’instar de l’éducation, du logement, de la santé…
L’autre satisfaction a trait au nombre et à la qualité des œuvres produites et à l’élargissement des opportunités de travail en Algérie des créateurs qui voient leurs activités se développer au grand bonheur de la population qui renoue avec l’acte culturel sur l’ensemble du territoire national.

Quels sont vos projets pour cette année 2011 et pour les années qui suivent ?

Les projets du secteur sont déclinés dans le schéma directeur du développement culturel horizon 2025 approuvé par le Gouvernement. Nous travaillons dans le cadre d’une démarche cohérente et réfléchie loin de toute improvisation.
Nos objectifs ainsi fixés visent notamment à promouvoir les industries culturelles du livre et du cinéma, d’élargir le réseau des bibliothèques, de librairies, de salles de théâtre et de cinéma, de galeries d’exposition, de musées et de conservatoires et établissements de formation artistique dans toutes les wilayas.
Nous avons pour ambition de généraliser l’institutionnalisation des festivals culturels dans toutes les Daïras, de tripler et de multiplier chaque année le nombre de productions culturelles et de faire de notre pays un carrefour régional des échanges culturels.
Nous oeuvrons inlassablement pour la protection des sites et monuments historiques, à la restauration et à la mise en valeur de notre patrimoine culturel national matériel et immatériel dans le cadre de programmes exécutifs annuels.
Ces actions entamées depuis quelques années se poursuivront en 2011 avec la même dynamique et grâce à l’adhésion incontestée des différents partenaires et acteurs de la société civile et des pouvoirs publics.

L’année 2011 sera marquée par l’organisation d’une importante manifestation internationale « Tlemcen, capitale islamique de la culture » qui verra la participation des Etats membres de l’ISESCO et celle de nombreux pays européens, africains, asiatiques et d’Amériques qui ne sont pas membre de cette organisation.
Outre cette activité grandiose, l’année 2011 sera notamment marquée par l’organisation de plus de 120 festivals culturels institutionnalisés, la création de nombreux secteurs sauvegardés, le lancement de grands chantiers de restauration du patrimoine culturel, l’édition et réédition de plus de 1.000 titres grâce au soutien de l’Etat, la poursuite de l’aide à la production dans le cinéma et le théâtre etc…

La culture a-t-elle sa place dans la société algérienne, trouvez vous un écho positif de la population civile face à vos actions ? Quelles sont aujourd’hui les initiatives populaires les plus remarquables en matière culturelle ?

Contrairement aux préjugés véhiculés à tort par certains milieux, le peuple algérien est un peuple hautement porté sur la culture tant en matière de patrimoine culturel que de création dans tous les domaines.
Les turbulences ayant marqué notre histoire passée et récente n’ont pas affecté cette « nature culturelle» du peuple algérien. Les raisons objectives du recul observé durant plus d’une décennie en matière de fréquentation des espaces culturels résident dans le rétrécissement des dits espaces suite au terrorisme et aux mesures arbitraires prises au détriment de la culture durant les années 1990 et qui ont consisté à dépouiller le secteur de ses infrastructures.
Il est évident que le public est peu nombreux lorsque les salles de cinéma et de théâtre et que les conservatoires sont fermés ou détournés de leur vocation, que le réseau de librairies est démantelé ou que les centres culturels sont dévoyés de leur mission.
Ce qu’il faut retenir en revanche c’est que l’attachement de notre peuple à la culture n’a nullement été ébranlé par l’idéologie obscurantiste et rétrograde laquelle idéologie est hostile à tout ce qui est culturel.

Partant de l’idée que la culture est le lieu de cristallisation du débat de société et de foisonnement d’idées et d’opinions démocratiques, nous avons soutenu les actions initiées par le mouvement associatif tant en matière de création, de rencontres et débats autour des questionnements essentiels ayant trait à la culture et à l’identité nationale qu’en matière de veille par rapport à la satisfaction des besoins culturels de notre population.
C’est en relation avec la société civile que nos programmes sont tracés et initiés et c’est sur la base de ses propositions que nous arrivons à tracer les objectifs culturels. Mais c’est surtout avec les créateurs indépendants que nous travaillons et que nous arrivons à organiser et à maintenir la dynamique culturelle tout azimut que connaît notre pays.
Je note avec satisfaction que la revendication culturelle constitue de nos jours une des revendications essentielle de notre population qui éprouve de plus en plus le besoin d’intégrer la culture dans son vécu quotidien. Le ministère de la culture reçoit en effet, régulièrement des demandes émanant de citoyens ou d’organisations relevant de la société civile pour la réalisation d’infrastructures culturelles à travers l’ensemble du territoire national, l’organisation de manifestations culturelles et l’élargissement des opportunités de diffusion culturelle en matière de théâtre, de cinéma, de spectacles…
Le défi nous est lancé car c’est à nous en tant que pouvoirs publics qu’incombe le devoir de satisfaire ce besoin lié au droit d’accès démocratique de notre population à la culture.

Pensez vous que la culture algérienne rayonne à l’étranger ? Il semble qu’en France, seuls quelques initiés sont au fait des traditions et du patrimoine culturels algériens, y a-t-il des actions prévues pour y remédier, notamment dans le modèle de l’Année de l’Algérie en France de 2003 ?

Notre action culturelle en direction de l’étranger obéit à des considérations multiples et s’inscrit notamment en cohérence avec notre action diplomatique. Nos sphères d’intérêt couvrent aussi bien l’Europe que plusieurs parties du Monde où nous sommes présents à travers les semaines et journées culturelles.
Notre action ne couvre pas exclusivement la France même si notre communauté établie dans ce pays est très importante et qu’elle requiert à ce titre une action plus soutenue et une présence plus marquée.

L’Année de l’Algérie en France en 2003 demeure en effet un des évènements majeurs qui ont marqué les relations culturelles algéro-françaises durant la dernière décennie, mais elle n’a pas produit les effets escomptés. Les relations culturelles entre les deux pays n’ont pas évolué pour autant et cette manifestation n’a pu asseoir une nouvelle idée de ce que doit être une coopération plus juste et équilibrée entre deux Etats.
La coopération culturelle avec la France pourrait évoluer favorablement dans le cadre du respect mutuel et d’une conviction partagée que la culture peut être un facteur de rapprochement entre les peuples. Au-delà des échanges culturels escomptés et de l’organisation de manifestations artistiques et littéraires réciproques, nous aspirons à une coopération plus étroite et plus respectueuse aussi bien de notre communauté et de son histoire propre que du peuple algérien dans son ensemble qui a un patrimoine, une culture et des capacités de création et de production.

Quelle est la condition de la Femme algérienne actuellement et de la femme politique ? est elle meilleure ou moins bonne qu’il y a 20 ou 30 ans ?

La condition de la Femme algérienne s’est sensiblement améliorée durant la décennie écoulée et ce grâce à la volonté sincère de Monsieur Abdelaziz Bouteflika qui a initié un processus positif et favorable à l’émancipation de la Femme algérienne. Cette dynamique se poursuit et se consolide au fil du temps et évolue en tenant compte des évolutions sociales du pays.
L’approche consacrée est une approche pragmatique car elle évite les ruptures brutales qui sont parfois à l’origine de conflits sociaux.
Les avancées réalisées durant ces dernières années sont significatives car elles interviennent après une phase douloureuse que notre pays a traversée et vont à l’encontre d’un projet de société porté et clamé par les partisans de l’idéologie obscurantiste.
Les amendements apportés au code de la famille et au code la nationalité et les nominations nombreuses de femmes à des postes de responsabilité dans les fonctions civiles et militaires sont des témoignages de reconnaissance de l’Etat à la Femme algérienne qui a été aux positions d’avant-garde dans le combat pour la citoyenneté et la défense de la République.

Dans le secteur de la culture dont j’ai la charge, la place réservée à la femme a toujours été importante, car nous sommes conscients que les arts et la culture jouent un rôle de premier plan dans la promotion de la condition féminine.
En plus du fait que les femmes représentent plus de 50% des effectifs d’encadrement et de maîtrise aussi bien de l’administration centrale que des structures déconcentrées, de ,nombreuses actions sont menées en faveur des femmes.

Il s’agit d’actions de soutien et d’encouragement dans le cadre de toutes les productions et créations culturelles féminines ou qui mettent en valeur des figures féminines.
Ces créations théâtrales, cinématographiques, littéraires, picturales ou musicales reçoivent une attention particulière de notre part.
Par ailleurs, des festivals spécifiques à la création féminine sont institutionnalisés depuis 2005 (festival de la poésie féminine, festival de la création féminine, festival des productrices des théâtres).
Dans nos écoles de formation artistique, ta tendance est depuis 2007 à la supériorité des effectifs féminins par rapport aux effectifs masculins, si bien qu’aujourd’hui la femmes devient de plus en plus présente dans le monde de l’art et de la culture y compris dans les professions traditionnellement réservées à l’homme.

Le modèle de la Femme tunisienne est-il pour vous un exemple à suivre ou bien y a-t-il une voie spécifique à l’Algérie, notamment au regard de l’histoire du pays et de la place importante accordée aux traditions ?

Je ne pense pas qu’il y ait un modèle type à suivre dans ce domaine eu égard aux considérations multiples politiques et historiques de chaque société. La condition de la femme tunisienne est le résultat d’une décision politique prise par feu le Président Habib BOURGUIBA à un moment donné de l’histoire de ce pays frère dans un contexte particulier de son histoire. Les conditions spécifiques à ce pays ont fait que cet acquis soit consacré à ce jour.
Dans le cas de l’Algérie, les choses ne se sont pas passées ainsi. Les femmes algériennes ont dû se battre et elles le font toujours.
Les acquis que constituent les amendements apportés au code de la famille e à celui de la nationalité en 2005 nous les devons à nos luttes et à celle de nos aînées les Moudjahidates qui nous légitiment et nous honorent.

Quelles relations entretenez vous avec vos homologues étrangers du monde arabe et d’Europe ?

J’entretiens d’excellentes relations avec mes homologues Ministres en charge de la culture dans les différents pays. Nous avons des relations courtoises et amicales.
Cette courtoisie ne m’empêche pas d’exprimer les convictions et les positions de mon pays sur les questions touchant à ses intérêts notamment stratégiques et autour des causes justes dans le monde.
Notre sincérité et notre contribution positive aux différentes rencontres internationales et régionales sont appréciées à leur juste valeur et notre action en faveur du développement des relations culturelles justes et équilibrées est amplement connue de tout un chacun.

Enfin, quel message voulez vous adresser aux lectrices de Dziriya.net des deux rives de la méditerranée ?

Pour vos lectrices et lecteurs j’adresse mes vœux de bonheur et de prospérité à l’occasion du nouvel An 2011 et à l’occasion de Yennayer qui fait partie de notre patrimoine immatériel vivant.
Pour votre site que je félicite pour la richesse de son contenu, je souhaite plein succès et plus de rayonnement. Je vous recommande d’approfondir la rubrique culture et patrimoine car il est aujourd’hui admis et prouvé que les procédés modernes des nouvelles technologies de l’information et de la communication participent fortement à la diffusion des messages et au rayonnement culturel. Votre site est tout indiqué pour participer au rétablissement d’une image juste sur notre pays et de sa richesse et de sa diversité culturelle.

L’image injuste sur l’Algérie est intolérable car elle défigure le peuple algérien qui est un immense peuple à la hauteur de son histoire faite de grandeur et de combats libérateurs, à celle de son patrimoine plusieurs fois millénaire mais aussi à ses capacités infinies de création et de production artistique de manière libre et autonome.
Vous aurez l’occasion de parler davantage de notre culture et de ses valeurs de tolérance à l’occasion de votre couverture des activités programmées notamment à l’occasion de la manifestation « Tlemcen, capitale islamique de la culture 2011 »

Najet Azizi-Mehenni

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