Rencontre avec Sophia Sherine Hutt auteure du roman d’Âmes de coeurs

D’âmes de coeur est un de ces romans qui reste gravé dans la mémoire. Ce livre est une véritable oeuvre littéraire sage jalonnée de pensées humanistes, profondes et spirituelles. Une narration historique qui se déroule dans une imposante ville du Maghreb durant une époque faste de l’islam. Un livre qui touche à notre sensibilité et qui nous interroge sur notre propre place dans ce monde. Madame Hutt pose un regard clairvoyant sur l’existence humaine et distille quelques messages religieux à travers des citations coraniques et prophétiques sans tomber dans le prosélytisme. Rencontre avec l’auteure en exclusivité pour Dziriya.net.

Qui est Sophia Sherine Hutt ?

J’ai une quarantaine d’années, née en France, près de Lyon. Je suis d’expression française et arabe. J’ai fait des études de Lettres, j’ai également un cursus paramédical. Je suis issue d’une famille d’intellectuels. L’un des mes oncles a été professeur en langue arabe et en langue française au lycée Kairouani à Sétif, il occupe actuellement le poste de directeur dans le cadre d’un autre lycée de cette belle ville des hauts plateaux de l’est algérien. J’ai grandi et je suis entourée de plusieurs pédagogues au sein de ma famille.

Quant à ma passion pour l’écriture, l’Histoire et l’art, elle remonte à mon adolescence. En France ou à l’étranger mes lieux de prédilections sont les bibliothèques, les musées et les lieux historiques.

Par ailleurs, je me suis toujours interrogée sur la place de la femme arabe et berbère dans la littérature orientale et occidentale. À mon humble avis, la femme est une mémoire lettrée qui a la possibilité de féconder une écriture moderne. Je dépose plusieurs regards sur le monde, sur les civilisations, sur les saveurs du temps, ainsi que sur l’Histoire.

Un troisième roman est en cours d’écriture. J’envisage également d’écrire un recueil de contes pour enfants.

Quel regard sur le monde avez-vous souhaité mettre en évidence ?

J’ai essayé de mettre en exergue les détresses muettes mais accablantes que j’ai observé de part le monde : La précarité, la faim, les différentes formes de violences et l’indigence.
Ce sont des réalités, à l’aube du troisième millénaire nous constatons une recrudescence de ces maux à l’échelle mondiale, y compris dans les pays civilisés. Hélas l’égoïsme, l’individualisme, la peur, la haine et l’orgueil sont les mouroirs de nous-mêmes. Et à mon sens la plus grande pauvreté est celle du cœur. Nous sommes entrés dans une phase ou une ère de profonde mutation. Des prises de consciences vont probablement émerger sur la surface du globe.

Dans votre dernier roman D’âmes de coeurs pourquoi avoir choisi Kairouan au IXème sicèle comme cadre spatio-temporel ?

Lors d’un voyage en Tunisie, j’ai été invitée par une autochtone à visiter Kairouan. Nulle ville n’est prestigieuse dans toute l’Afrique du Nord comme Kairouan. Pourquoi ? Elle est fondée telle une gageure au beau milieu d’une steppe immense -devenue le grenier de la Régence-, en 669 de l’ère chrétienne, environ 37 ans après la mort du Prophète s.w.s, par Oqba Ibn Nafi, le grand conquérant arabe propagateur de l’Islam en Ifriqiya.

Ce lieu habillé de mystère est la terre des mosquées, des zaouias (zaouia de Sidi Saheb, nom d’un des compagnons du Prophète s.w.s), des koubbas et des tombeaux. Ma curiosité a été satisfaite ; à chacun de mes pas c’est une architecture qui s’avance, c’est un saint qui m’offre sa merveilleuse légende. Vaste cité du divin, atmosphère indéfinissable faite de poésie, de calligraphies, d’encens et de traditions où les vivants et les défunts semblent communier depuis des siècles dans une perpétuelle ferveur.

J’ai été subjuguée par Kairouan, quatrième ville sainte et bastion de l’Islam, après La Mecque, Médine et Al Qods (Jérusalem). En quittant cet endroit chargé d’histoire, de beauté et d’art islamique j’ai eu le désir d’écrire et d’imaginer la vie d’un Kairouanais au IXème siècle. Il est intéressant de noter que la civilisation arabo-musulmane a brillé de tous ses feux durant le moyen-âge. Ses apports à l’humanité sont nombreux.

Parlez-nous du personnage principal : Adem …

Le personnage d’Adem, est donc né dans mon esprit dès que je suis entrée dans la grande mosquée de l’émir Oqba Ibn Nafi (fondateur de ce fleuron de Kairouan, classé au patrimoine mondial de l’Unesco en 1988). C’est comme si j’avais eu un rendez-vous particulier avec l’histoire. Prendre la plume pour écrire à ce propos est devenu une évidence. J’ai donc laissé libre cours à mon imagination et l’histoire fictive d’Adem a vu le jour au fil des mots, au fil de la réflexion et des émotions…

Adem est un enfant abandonné, des personnages historiques vont jalonner sa vie. L’émir Ibrahim Ibn Aghlab (dynastie des Aghlabides) va devenir son père adoptif, et la présence du grand poète et musicien Zyriab (principal fondateur de la musique arabo-andalouse au IXe siècle) ouvre son esprit à l’esthétique, à la poésie, au raffinement, à l’absolu.

Quels sont les miroirs de sa vie ?

Pour le héros de ce roman, des messages sont envoyés à chaque moment crucial de son existence. Il réalise que chaque personne ne se trouve pas sur son chemin de vie par hasard. Ces messages apprennent à Adem ce qu’il doit vivre et comprendre. C’est “l’effet miroir”, c’est un champ inépuisable de compréhension de la vie et de lui-même.

Au cours de cette saga, l’intrigue, les rebondissements, les divers stades de l’existence, vont lui rappeler sa condition humaine imparfaite. Toutefois, il réalise que l’être humain ne peut se résumer à ses fautes et ses faiblesses, et qu’il ne demeure pas non plus prisonnier de son passé puisque son avenir se mesure à son espérance et à son besoin de découvrir le monde.

Parmi toutes les citations se trouvant dans votre roman D’âmes de coeurs, quelle est celle que vous souhaitez mettre en avant ici. Pourquoi ?

« Nul ne connaît la douleur de la braise, que celui qui a marché dessus. »
« Ma y t’hass ba djamara ghir li yafass aliha. » (Proverbe)

C’est dans l’épreuve que le cœur et l’esprit sont touchés. C’est lorsque nous allons au-delà de nos forces que nous découvrons l’étincelle divine dissimulée dans notre âme.

La douleur, la peine, le deuil, la trahison et autres confèrent une métamorphose intérieure.

Suite à ces épreuves, nous discernons le monde et les êtres sous un regard différent. Notre vie terrestre prend alors toute sa dimension spirituelle. Le devoir d’humanité, la règle d’or est de faire pour les autres ce que l’on voudrait qu’ils fassent pour nous. C’est pourquoi en considérant l’autre comme mon semblable dans son humanité, je lui veux du bien, je souhaite qu’il vive en paix avec lui-même et les autres.

Vous pensez donc que l’homme doit forcément passer par des épreuves pour prendre conscience de sa dimension spirituelle ?

Pour être honnête, ce que je pense n’a pas vraiment une grande importance.
L’existence n’est pas un long fleuve tranquille. Chaque être humain traverse des étapes, des épreuves. Chaque être humain est responsable de ses pensées et de ses actes. Celui qui ne connaît plus le rêve à probablement oublié l’espoir. L’espérance permet de transcender la réalité.

C’est à partir de ces épreuves personnelles que nous pouvons être amenés à découvrir une autre réalité de nous-même, une partie lumineuse qui ne demande qu’à être encore plus éclairée ou développée par l’expérience.
Cette expérience naturelle permet à l’homme de s’épanouir dans sa véritable grandeur ainsi que dans son authenticité avec simplicité.

Au cours de l’existence nous nous construisons “une personnalité”, celle-ci pourra opposer une forte résistance à notre esprit. Cette “personne ou personnalité” délaisse ou repousse notre dimension spirituelle. Nous portons bien souvent un masque consciemment et inconsciemment. Pour information, il est intéressant de noter que le mot personnalité ou personne vient de Persona, mot latin et étrusque signifiant masque de théâtre, (en grec c’est le mot prosopon qui désigne le masque, l’apparence).

Votre livre est empreint d’humanisme et de spiritualité. Quels messages souhaitez-vous transmettre au lecteur ?

La pensée de paix intérieure et l’idée de paix universelle. L’ouverture sur les différences, sur le droit d’être soi-même, le respect du prochain à l’échelle planétaire.

Je voudrais aussi attirer l’attention sur le respect de la dignité de la femme et de l’enfant de part le monde. Être sans aucune complaisance face aux crimes, aux corruptions, aux injustices, aux oppressions, aux différentes formes de violences (psychologiques, physiques) et aux iniquités perpétrées au nom d’un dogme, d’une religion, etc. Il ne peut y avoir de vraie foi en Dieu et droiture morale sans amour du prochain.

Il est possible de “changer le regard” que nous portons sur le monde en commençant par évoluer nous-même. La raison est une faculté discursive amplifiant la foi. Par le dialogue, la connaissance, le savoir, l’humanité accède à une voie de progrès.

Où peut-on trouver votre livre ?

Le roman : D’âmes de cœurs est publié aux éditions EDILIVRE. Un extrait de l’ouvrage est disponible sur le site de l’éditeur : Edilivre.com

Ce roman est également disponible dans les librairies suivantes : Decitre, Fnac.com, Payot (Suisse), Gibert-Joseph. Chapitre.com, Alapage.com, Amazon.fr, Cultura.com, La Procure.com.

Est-il disponible en Algérie ?

Non, pas pour l’instant.

Un mot pour nos lecteurs ?

Aux lectrices et aux lecteurs, je souhaite paix, santé et accomplissements dans leurs vies respectives.

 

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