Un chat noir qui te fixe depuis le haut d’un mur, un chat qui griffe, une chatte qui entre dans la maison alors que la porte était fermée. Et au réveil, une phrase entendue cent fois dans la famille remonte : « le chat en rêve, c’est le sihr ».
Cette croyance est très répandue au Maghreb comme dans la diaspora, et elle mérite d’être prise au sérieux, pour ce qu’elle dit des peurs et des tensions dans un entourage. Elle ne mérite pas, en revanche, qu’on en tire des accusations ni qu’on paie quelqu’un pour « enlever » ce qu’un rêve aurait révélé. Je t’explique d’où vient ce lien entre chat et sorcellerie, et comment le regarder sans te faire peur ni te faire avoir.
Ce qu’il faut retenir : je retiens que le lien entre chat en rêve et sorcellerie relève de la croyance populaire, pas d’un fait établi. Aucun rêve ne prouve que quelqu’un t’a jeté un sort, et je ne soupçonnerais jamais un proche sur cette base. Et je me méfierais de toute personne qui propose un « désenvoûtement » contre de l’argent, surtout si elle conseille d’arrêter un traitement.
D’où vient le lien entre chat et sorcellerie ?
Il vient de plusieurs traditions qui se superposent. Dans certaines lectures attribuées à Ibn Sirin, le chat en rêve est associé à un voleur ou à une personne rusée de l’entourage. Dans les croyances populaires maghrébines, il est souvent relié aux djinns ou au sihr. En Europe, l’imaginaire des procès en sorcellerie a lié le chat, surtout noir, aux sorcières.
Mais aucune de ces lectures ne repose sur une observation vérifiable.
Ces associations sont des récits culturels, transmis par les aînées, les conteurs, les livres de rêves et aujourd’hui les vidéos en ligne. Elles disent beaucoup de ce qu’une société craint : la jalousie, le mauvais œil, la rivalité entre belles-sœurs ou voisines. Elles ne disent rien de vérifiable sur ce qui se passe réellement dans ta vie. La science du sommeil décrit le rêve comme un tri nocturne des émotions et des souvenirs, sans aucune capacité à révéler une intention cachée chez autrui. Je respecte la croyance, parce qu’elle fait partie de l’histoire de beaucoup de familles. Je refuse qu’elle serve à désigner un coupable.
Que dit la tradition musulmane du chat ?
Le chat a plutôt bonne réputation dans la tradition. Un hadith rapporté dans les Sunan d’Abou Dawoud, jugé authentique par Al-Albani, raconte qu’Abou Qatada laissait un chat boire dans son récipient d’ablutions, en rappelant la parole du Prophète : le chat n’est pas impur, il fait partie de ceux qui circulent parmi vous.
Pourtant, c’est ce même animal familier qu’on accuse dans les rêves.
Beaucoup de familles en Algérie ont un chat de maison ou nourrissent ceux du quartier, et en France il partage la vie de millions de foyers. Le voir en rêve est donc aussi banal que de rêver d’une voisine, d’une cousine ou de quelques fourmis. La tradition prophétique distingue aussi le bon rêve, le rêve pénible et celui qui vient des pensées de la personne, et elle recommande de ne pas raconter un rêve déplaisant. Pour tout ce qui touche au sihr et à la façon de s’en protéger selon ta foi, un imam ou une personne instruite de confiance est l’interlocuteur à privilégier. Je ne donnerai pas d’avis religieux ici, ce n’est pas mon rôle.
💡 Bon à savoir
Le chat n’a pas partout la même image. Dans l’Égypte ancienne, il était associé à la déesse Bastet et vénéré, alors qu’en Europe il a été lié aux sorcières pendant des siècles. Le même animal passe du sacré au suspect selon l’époque, ce qui montre à quel point ces symboles sont culturels.
Couleur, attaque, chaton : les détails changent-ils le sens ?
Dans les dictionnaires de rêves, oui : le chat noir serait plus inquiétant, le blanc plus doux, comme on le lit aussi pour le serpent blanc, la griffure plus menaçante. Ces correspondances changent d’un livre à l’autre, et aucune n’est démontrée. Elles peuvent t’aider à mettre des mots sur une émotion, pas à tirer une conclusion sur quelqu’un.
Or c’est souvent la peur ressentie qui fait le rêve, plus que le chat lui-même.
Un chat qui attaque peut refléter un conflit en cours, une dispute avec une belle-sœur, une tension au travail, ou rien du tout. Un chaton qui miaule peut renvoyer à un souci pour un enfant, ou simplement au chaton du voisin entendu la veille. Un chat qui entre dans la maison touche à l’intimité du foyer, sujet sensible quand la famille est nombreuse et les visites fréquentes. La bonne question n’est pas « qui m’a fait ça ? » mais « qu’est-ce qui me pèse en ce moment ? ». Si la réponse est une personne précise, c’est une relation à clarifier en parlant, pas un sort à combattre.
Croyance, tradition ou science : qui dit quoi ?
| Source | Ce qu’elle dit du chat | Ce qu’elle ne permet pas |
|---|---|---|
| Hadith (Sunan Abi Dawud 75) | Le chat n’est pas impur, il vit parmi les gens | Lire un rêve de chat comme un sort |
| Lectures attribuées à Ibn Sirin | Le chat peut figurer un voleur ou une personne rusée | Identifier une personne réelle |
| Croyances populaires maghrébines | Chat en rêve relié aux djinns ou au sihr | Prouver qu’un sort existe |
| Science du sommeil | Émotions et souvenirs retravaillés la nuit | Donner un sens caché à une image |
Pourquoi se méfier des « désenvoûtements » payants ?
Parce que la peur du sort est un marché. L’UNADFI, association qui accompagne les victimes de dérives sectaires, décrit des marabouts, voyants et guérisseurs qui font payer petit à petit leurs cibles, et cite le cas d’un rituel d’amour vendu 350 euros avec une « garantie à 100 % » lors d’une enquête journalistique.
Et l’argent n’est pas le seul risque.
La même association évoque des violences commises par des personnes se présentant comme « imams exorcistes », et des patients poussés à abandonner leurs soins médicaux : on parle alors de perte de chance. Ces dérives existent en France comme en Algérie, en cabinet ou sur les réseaux sociaux, où les « raqis » autoproclamés se multiplient. Un vrai signal d’alerte : quelqu’un qui te dit que ton rêve prouve un sort, qu’il est le seul à pouvoir l’enlever, et que ça va coûter cher. Un autre : on te demande de couper les ponts avec ta famille ou de cacher la démarche à tes proches. Si tu as déjà payé et que tu te sens piégée, parles-en à quelqu’un de confiance, tu n’as aucune honte à avoir.
✅ Ce qui protège
- Parler du rêve à une seule personne de confiance
- Demander conseil à un imam reconnu de ta mosquée
- Consulter un médecin si tu vas mal
⚠️ Ce qui expose
- Payer une « lecture » ou un « désenvoûtement »
- Soupçonner un proche à cause d’un rêve
- Arrêter un traitement sur conseil d’un guérisseur
Mon avis : je garderais la foi et la prudence ensemble, et je ne sortirais jamais mon porte-monnaie pour un rêve.
Ce réflexe vaut quel que soit le prestige ou la popularité en ligne de la personne qui propose ses services.
🤔 Pour qui, vraiment ?
Cet article parle à celle qui a fait ce rêve et à qui l’entourage répète qu’il s’agit d’un sort. Si tu traverses en plus une période d’angoisse, de fatigue extrême ou de pensées envahissantes, ce n’est plus une question d’interprétation : un médecin ou un psychologue peut t’aider, et cela n’enlève rien à ta foi.
Quand l’angoisse prend trop de place, vers qui se tourner ?
Quand la peur du sort t’empêche de dormir, de manger, de sortir ou de voir ta famille, le sujet est ta santé. Un médecin généraliste, en France comme en Algérie, peut t’écouter sans juger ta croyance et t’orienter vers un psychologue ou un psychiatre si besoin.
Cependant, beaucoup de femmes hésitent, de peur qu’on se moque de leur foi.
Un bon soignant ne te demandera pas de renoncer à tes convictions. Il regardera ton sommeil, ton moral, ta fatigue, et ce qui peut les expliquer. Tu peux aussi chercher un soutien religieux auprès d’un imam reconnu, qui ne te demandera rien en échange, et les deux démarches peuvent aller ensemble. Je ne peux pas évaluer ta situation à distance, personne ne le peut par écran. Si tu te sens en danger ou à bout, appelle les urgences ou un proche sans attendre.
🚫 Piège classique
Accuser une belle-mère, une voisine ou une amie parce qu’un chat est apparu en rêve après sa visite. Un rêve ne prouve aucune intention. Ce genre d’accusation a brisé bien des familles, pour une image que ton cerveau a fabriquée pendant la nuit.
D’autres animaux portent eux aussi de lourdes croyances, comme le montre notre article sur le fait de rêver de chien en islam. Le serpent est l’autre grand suspect des rêves, et nous avons fait le tri pour rêver de serpent inoffensif. Enfin, un animal réputé dangereux peut se montrer doux la nuit, comme lorsqu’on se met à rêver d’un loup gentil. Garde la même distance avec toutes ces lectures.
Questions fréquentes
Rêver d’un chat veut-il dire qu’on a été ensorcelée ?
Non, rien ne permet de l’affirmer. Le lien entre chat en rêve et sihr relève de la croyance populaire, pas d’un fait établi. Pour la dimension religieuse, adresse-toi à un imam reconnu, et si tu vas mal, à un médecin.
Le chat est-il un animal mal vu en islam ?
Non. Un hadith rapporté par Abou Dawoud indique que le chat n’est pas impur et qu’il fait partie de ceux qui circulent parmi les gens. Les lectures négatives du chat en rêve viennent surtout de traditions interprétatives et de croyances populaires.
Faut-il faire une roqya après ce rêve ?
C’est une question religieuse à poser à un imam reconnu de ta mosquée. Méfie-toi en revanche de toute personne qui fait payer cher une « protection », prétend être la seule à pouvoir t’aider ou te demande d’arrêter un traitement.
Que faire si un proche est accusé à cause de mon rêve ?
Rappelle qu’un rêve ne prouve rien sur les intentions de quelqu’un. Si des tensions existent vraiment, elles se règlent en parlant, avec l’aide d’une personne de confiance si besoin.



