Aux urgences de Créteil ou dans un cabinet de campagne dans la Creuse, il arrive souvent que le médecin qui t’examine ait fait ses études à Alger, Oran ou Constantine. Dans les familles, on entend des chiffres qui vont du simple au double, et chacun a son explication.
Mais combien sont-ils vraiment ? Tout dépend de ce qu’on appelle un « médecin algérien » : diplômé en Algérie, né en Algérie ou de nationalité algérienne. Je reprends les chiffres officiels datés, en séparant bien ces catégories.
En bref : je retiens qu’au 1er janvier 2025, 6 891 médecins inscrits à l’Ordre en France avaient obtenu leur diplôme en Algérie, parmi 19 154 anciens praticiens à diplôme hors Union européenne, selon le Conseil national de l’Ordre des médecins cité par TSA. L’Algérie est le premier pays d’origine de ces diplômes. En revanche, je n’ai pas trouvé de chiffre officiel récent sur les médecins nés en Algérie, et je préfère te le dire plutôt que d’en inventer un.
Combien de médecins diplômés en Algérie exercent en France ?
Selon les données de l’Ordre des médecins au 1er janvier 2025, reprises par TSA Algérie en février 2025, 6 891 médecins inscrits en France avaient obtenu leur diplôme en Algérie. Ils font partie des 19 154 anciens Padhue, ces praticiens à diplôme hors Union européenne passés par la procédure d’autorisation d’exercice, soit environ 36 % du total.
Or ce chiffre compte des inscrits, pas uniquement des médecins en exercice.
TSA précise que ces 19 154 anciens Padhue sont comptés qu’ils soient en activité ou non. Une partie est à la retraite, une autre exerce à temps partiel ou hors soin. Certains articles présentent ces 6 891 médecins comme « officiellement inscrits » et en tirent un classement par nationalité, ce qui mélange deux notions. Ici, on parle du pays où le diplôme a été obtenu, pas du passeport. Derrière les Algériens, TSA cite la Tunisie, la Syrie, le Maroc et le Liban parmi les principaux pays de diplôme.
Quelle place prennent les médecins à diplôme étranger en France ?

Leur part augmente nettement. Selon la Drees, les médecins à diplôme étranger représentaient environ 11 % des médecins en activité début 2026, contre 7 % en 2012. L’atlas 2026 de l’Ordre des médecins, publié fin mars 2026, avance 14,2 % en 2026 contre 7,1 % en 2010, avec des définitions différentes de celles de la Drees.
Et cet écart entre les deux organismes n’a rien d’une contradiction.
La Drees et l’Ordre ne comptent pas exactement la même population de médecins en activité, ni avec la même source. Selon la Drees, sur les 5 000 médecins supplémentaires en activité entre début 2025 et début 2026, environ 1 800 avaient un diplôme étranger. L’Ordre note de son côté que ces praticiens pèsent davantage chez les spécialistes, autour de 22,6 % en chirurgie et 18,7 % en spécialités médicales, que chez les généralistes, où ils représentent 6,8 %. Retiens surtout la tendance, qui est la même partout. Pour un chiffre précis, cite toujours l’organisme et la date.
💡 Bon à savoir
Parmi les médecins à diplôme extra-européen en activité régulière, l’Algérie arrivait en tête en 2023 avec 37,4 % de ces diplômes, devant la Tunisie (10,4 %) et la Syrie (9,5 %), selon l’Irdes à partir des données de l’Ordre.
Ce classement se retrouve d’une année à l’autre, avec l’Algérie toujours en première position.
Et les médecins nés en Algérie, combien sont-ils ?
C’est la question la plus difficile. Les publications récentes de l’Ordre et de la Drees classent les médecins selon le pays du diplôme, pas selon le pays de naissance. Je n’ai trouvé aucun chiffre officiel récent et daté sur le nombre de médecins nés en Algérie qui exercent en France.
Pourtant, les chiffres circulent beaucoup.
Tu as peut-être lu « 10 000 » ou « 15 000 médecins algériens en France » dans la presse ou sur les réseaux. Ces nombres mélangent souvent naissance, diplôme et nationalité, sans préciser la source ni l’année. Un médecin né à Alger en 1960 et formé à Paris n’a rien à voir, statistiquement, avec une jeune praticienne diplômée d’Oran arrivée il y a cinq ans. L’Irdes, dans son étude d’octobre 2023, distingue bien ces profils : nés et diplômés à l’étranger, nés à l’étranger mais diplômés en France, nés en France et diplômés à l’étranger. Tant qu’un organisme officiel ne publie pas de chiffre par pays de naissance, je te conseille de te méfier de ces totaux.
Les chiffres officiels, avec leur définition
| Indicateur | Chiffre | Date | Source |
|---|---|---|---|
| Médecins inscrits diplômés en Algérie (anciens Padhue) | 6 891 | 1er janvier 2025 | Ordre des médecins, cité par TSA |
| Anciens Padhue inscrits, tous pays hors UE | 19 154 | 1er janvier 2025 | Ordre des médecins, cité par TSA |
| Part des diplômes algériens parmi les diplômes extra-européens | 37,4 % | 2023 | Irdes, d’après l’Ordre |
| Part des diplômes étrangers parmi les médecins en activité | Environ 11 % | Début 2026 | Drees |
| Médecins nés en Algérie | Pas de chiffre officiel récent trouvé | À vérifier |
Pourquoi tant de médecins formés en Algérie viennent-ils en France ?

Plusieurs raisons se croisent : la langue, puisque les études de médecine en Algérie se font largement en français, les liens familiaux de part et d’autre, et les besoins de l’hôpital public français. S’y ajoutent des écarts de salaire et de conditions de travail que beaucoup de médecins citent quand on les interroge.
Mais le parcours d’arrivée reste long.
Un médecin diplômé hors Union européenne doit passer les épreuves de vérification des connaissances, puis effectuer un parcours de consolidation des compétences avant d’obtenir le plein exercice. Pendant ces années, beaucoup travaillent à l’hôpital sous des statuts précaires, souvent avec des gardes nombreuses. L’Irdes relevait aussi que les médecins diplômés à l’étranger s’installent plus souvent dans les marges rurales : 41,6 % des nouveaux inscrits contre 11,9 % pour les diplômés en France, sur la période étudiée. Ce sont souvent eux qui tiennent des services ou des cabinets que d’autres délaissent. On parle parfois d’un « effet boule de neige » familial, ce qui reste une hypothèse sans chiffre.
✅ Ce que ces parcours apportent
- Des médecins dans des zones rurales souvent délaissées
- Des services hospitaliers qui tournent grâce à eux
- Des patients qui trouvent parfois un médecin parlant arabe ou tamazight
⚠️ Ce qui pose question
- Des années de statut précaire avant le plein exercice
- Une perte de médecins formés pour le système de santé algérien
- Des chiffres souvent déformés dans le débat public
Mon avis : ces médecins méritent mieux que d’être brandis comme argument politique, d’un côté comme de l’autre. Les chiffres datés sont la meilleure défense contre les raccourcis.
Comment l’Algérie réagit-elle au départ de ses médecins ?

L’Algérie a d’abord tenté de freiner les départs en gelant l’authentification des diplômes de médecine, une étape nécessaire pour exercer à l’étranger. Face aux protestations des étudiants, une instruction ministérielle du 1er décembre 2024 a levé ce gel, selon TSA Algérie. Certaines pages la présentent pourtant encore comme en vigueur.
Cependant, la question de fond reste entière.
Former un médecin coûte cher à un pays, et chaque départ se ressent dans les hôpitaux algériens, surtout loin des grandes villes. Les jeunes médecins, eux, parlent de salaires, de conditions de travail et de perspectives de carrière. Les deux points de vue se comprennent. Je ne tranche pas à la place de ceux qui partent ou restent, car chaque parcours a ses raisons familiales et professionnelles. Et le lien avec le pays se garde souvent par les vacances d’été, en avion ou par les traversées en ferry. Ce qu’on peut exiger, en revanche, c’est un débat fondé sur des chiffres sérieux.
🤔 Pour qui, vraiment, ces chiffres ?
Si tu es étudiante en médecine en Algérie et que tu envisages la France, ces statistiques ne te disent rien de ton propre parcours. Renseigne-toi directement auprès du Centre national de gestion et de l’Ordre sur la procédure en vigueur, qui change régulièrement. Si tu es patiente, sache que le pays du diplôme ne dit rien de la qualité d’un médecin inscrit à l’Ordre.
La même prudence vaut pour les vidéos qui promettent une installation rapide en France.
🚫 Idée reçue
« Un généraliste étranger sur deux est algérien. » Ce chiffre qui circule vient d’une mauvaise lecture : les 29 238 médecins cités par l’Irdes en 2023 sont tous les diplômés à l’étranger en activité régulière, toutes spécialités, et 55 % d’entre eux ont un diplôme extra-européen, dont une part est algérienne.
Le débat sur l’immigration en France touche aussi les procédures administratives, comme le fichage des étrangers réguliers dont on a parlé. Naître en Algérie ne dit pas tout d’un parcours, comme le montre le portrait de Jean-Marc Aveline, né en Algérie. Et la question des langues entre les deux rives revient aussi avec les billets d’Air Algérie. Trois sujets qui montrent combien les identités se croisent.
Questions fréquentes
Combien de médecins diplômés en Algérie sont inscrits en France ?
Au 1er janvier 2025, 6 891 médecins inscrits à l’Ordre en France avaient obtenu leur diplôme en Algérie, parmi 19 154 anciens praticiens à diplôme hors Union européenne. Ce chiffre inclut des médecins en activité et d’autres qui ne le sont plus.
Combien de médecins nés en Algérie exercent en France ?
Je n’ai pas trouvé de chiffre officiel récent. L’Ordre et la Drees publient surtout des données par pays de diplôme. Méfie-toi des totaux qui circulent sans source ni date.
Quelle part des médecins en France a un diplôme étranger ?
Environ 11 % des médecins en activité début 2026 selon la Drees. L’atlas 2026 de l’Ordre avance 14,2 %, avec une définition différente des médecins en activité.
L’Algérie empêche-t-elle ses médecins de partir ?
Elle a gelé l’authentification des diplômes de médecine pour freiner les départs, puis a levé ce gel par une instruction du 1er décembre 2024, selon TSA Algérie.