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Yamina Benguigui, réalisatrice : ses films de Mémoires d’immigrés à Sœurs

Par La rédaction Iriya • 22 avril 2025
Yamina Benguigui, réalisatrice : ses films de Mémoires d’immigrés à Sœurs

Une femme descend d’un bus dans une ville du Nord, un enfant dans les bras, et découvre la maison où elle va vivre avec un mari qu’elle n’a presque pas vu depuis dix ans. C’est la première scène d’Inch’Allah dimanche, et pour beaucoup de familles venues d’Algérie, elle ressemble à une histoire entendue à table.

Yamina Benguigui a passé trente ans à filmer ces trajectoires que le cinéma français regardait peu. Si tu vis en Algérie, ses films racontent ce que sont devenus les cousins partis. Si tu as grandi en France, ils posent des images sur ce que tes parents ont parfois tu. Voici son œuvre, film par film, avec ce qu’elle a apporté et ce qu’on peut en discuter.

En bref : je retiens trois repères. Ses documentaires Femmes d’Islam (1994) et Mémoires d’immigrés (1998) ont donné la parole à des femmes et à des pères d’origine maghrébine qu’on n’interrogeait presque jamais. Son long métrage Inch’Allah dimanche (2001) a reçu le prix FIPRESCI au festival de Toronto. Et sa carrière politique est un autre chapitre, que je traite dans un article séparé.

Qui est Yamina Benguigui, côté cinéma ?

Yamina Benguigui est une réalisatrice et productrice française née à Lille dans une famille algérienne. Son travail couvre le documentaire, la fiction pour le cinéma et les téléfilms. Le fil rouge reste le même depuis les années 1990 : l’immigration maghrébine en France, racontée depuis les familles et surtout depuis les femmes.

Mais elle ne s’est pas contentée de réaliser.

Elle a aussi monté des structures de production, travaillé pour la télévision publique et privée, et porté des projets longs, parfois sur plusieurs années de tournage. Son père était militant du mouvement national algérien, un détail qu’elle cite souvent pour expliquer d’où vient son regard. Ce qui frappe dans sa filmographie, c’est la place laissée à la parole brute, avec des témoins filmés longuement. On peut trouver le procédé lent. Je le trouve honnête, parce qu’il évite de faire parler les gens à leur place.

Par quel film de Yamina Benguigui commencer ?

Qu’est-ce qui te donne envie ce soir ?

Simple piste de visionnage. La disponibilité des films varie entre l’Algérie et la France.

Pourquoi ses documentaires ont-ils compté ?

Ses documentaires ont compté parce qu’ils ont filmé des personnes que la télévision montrait surtout dans les faits divers. Femmes d’Islam, diffusé en 1994 en trois épisodes, interrogeait la condition des femmes musulmanes. Mémoires d’immigrés, diffusé en 1998, donnait la parole aux pères, aux mères et aux enfants de l’immigration maghrébine, génération par génération.

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Pourtant, ces films ne se regardent pas comme des cours d’histoire.

Dans Mémoires d’immigrés, les hommes arrivés pour travailler racontent les foyers, les chantiers et les promesses de retour. Les femmes parlent ensuite de l’arrivée, de la solitude et des enfants à élever loin de leur mère. Les enfants, eux, disent leur place entre deux pays. Le film a été diffusé par Canal+. Des années plus tard, 9/3, mémoire d’un territoire a appliqué la même méthode à la Seine-Saint-Denis, avec l’histoire d’un département raconté par ses habitants. Pour une lectrice d’Algérie, ces films montrent la face moins glamour de l’émigration, loin des photos de vacances au bled.

💡 Le saviez-vous ?

Inch’Allah dimanche a reçu le prix FIPRESCI de la critique internationale au festival de Toronto en 2001. Le film réunit Fejria Deliba, Rabia Mokedem, Zinedine Soualem, Mathilde Seigner et Marie-France Pisier, et il est sorti en France le 5 décembre 2001.

Que raconte Inch’Allah dimanche ?

Inch’Allah dimanche suit Zouina, une Algérienne qui rejoint son mari dans le nord de la France avec ses enfants, au moment du regroupement familial des années 1970. Elle affronte une belle-mère dure, des voisins hostiles et un mari distant. Le dimanche, elle cherche en cachette une autre famille algérienne de la ville.

Et c’est là que le film touche juste.

La fiction prolonge les thèmes des documentaires, avec une héroïne qui n’a le droit de sortir seule nulle part. On y voit la cuisine, les tissus, les disputes et le poids du regard des autres, chez les voisins français comme dans la famille. Le portrait de la belle-mère peut paraître sévère. Je lis le film plutôt comme un film sur l’enfermement, où chaque personnage est coincé à sa façon. Si ta grand-mère ou ta mère a vécu un départ de ce genre, regarde-le avec elle, les souvenirs viennent vite.

Pour situer le reste de son travail, voici ses principales réalisations avec leur format.

Les œuvres principales de Yamina Benguigui

AnnéeTitreFormatSujet
1994Femmes d’IslamSérie documentaire (3 épisodes)La condition des femmes musulmanes
1998Mémoires d’immigrés, l’héritage maghrébinDocumentaire (Canal+)Trois générations de l’immigration maghrébine
2001Inch’Allah dimancheLong métrage de fictionUne mère algérienne au temps du regroupement familial
20099/3, mémoire d’un territoireDocumentaire (Canal+)L’histoire de la Seine-Saint-Denis
2009 à 2012AïchaTéléfilms (France 2)Une jeune femme de banlieue et sa famille
2021SœursLong métrage de fictionTrois sœurs franco-algériennes face à un secret de famille

Aïcha et Sœurs, la fiction pour le grand public ?

Yamina Benguigui, réalisatrice de Mémoires d'immigrés et d'Inch'Allah dimanche

Avec Aïcha, Yamina Benguigui est passée à la fiction télévisée pour un public large. La série de téléfilms diffusée sur France 2 suit une jeune femme de banlieue qui cherche à gagner son indépendance sans rompre avec sa famille. Le ton est plus léger que celui des documentaires.

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Or le sujet reste le même : la place d’une fille dans un foyer qui l’aime et la surveille.

Sœurs, sorti en salles en 2021, réunit Isabelle Adjani, Rachida Brakni et Maïwenn dans le rôle de trois sœurs franco-algériennes. Leur père, en fin de vie en Algérie, a autrefois enlevé leur frère, et elles partent chercher des réponses. Le film a le mérite de parler d’un sujet que beaucoup de familles connaissent sans le nommer, celui des enfants emmenés d’un pays à l’autre après une séparation. Je le conseille plutôt à celles qui aiment les drames familiaux chargés.

✅ Ce que son cinéma apporte

  • Des témoins filmés longuement, sans commentaire qui parle à leur place
  • Des héroïnes maghrébines au centre de l’histoire, pas en décor
  • Des films qui servent encore de base aux discussions en famille ou en classe

⚠️ Ce qu’on peut discuter

  • Un rythme lent dans les documentaires
  • Des fictions parfois appuyées dans leurs effets
  • Une œuvre moins suivie depuis son passage en politique

Mon avis : Mémoires d’immigrés reste le film le plus solide de sa carrière, et le meilleur point d’entrée.

Quelle place à côté de sa carrière politique ?

Yamina Benguigui lors d'un événement public

Yamina Benguigui a mené en parallèle une carrière politique, d’abord comme adjointe au maire de Paris de 2008 à 2012, puis comme ministre déléguée à la Francophonie de 2012 à 2014. L’Algérie a connu un passage comparable de la culture au gouvernement avec Khalida Toumi, ministre de la Culture. Ces années, ses fonctions et les procédures judiciaires qui ont suivi relèvent d’un autre sujet, traité à part sur le site.

Cependant, séparer les deux n’a rien d’artificiel.

Le cinéma de Yamina Benguigui s’est construit avant la politique, sur des tournages longs et des archives familiales. Juger ses films à l’aune de ses mandats reviendrait à mélanger les registres. Tu peux trouver ses choix politiques discutables et reconnaître l’intérêt de ses documentaires, les deux ne s’annulent pas. C’est même une bonne façon de regarder une personnalité publique, sans l’idéaliser ni la réduire à une polémique.

🤔 Pour qui, vraiment ?

Pour celles qui veulent comprendre l’histoire de l’immigration algérienne racontée par ceux qui l’ont vécue, en France comme en Algérie. Pour les mères qui cherchent un film à partager avec des ados curieux de leurs origines. Moins pour qui attend un cinéma rythmé : ses documentaires prennent leur temps, et c’est voulu.

Où et comment voir ses films aujourd’hui ?

Ses films se trouvent selon les périodes en DVD, en vidéo à la demande ou lors de rediffusions télévisées. La disponibilité change beaucoup d’un pays à l’autre, donc une recherche par titre sur les catalogues de ton pays reste la méthode la plus fiable. En France, les médiathèques peuvent aussi avoir ses films en prêt, demande au comptoir.

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Mais depuis l’Algérie, l’accès est plus inégal.

Les plateformes disponibles en Algérie n’ont pas toujours les mêmes droits qu’en France, et les DVD circulent peu. Les centres culturels et certains ciné-clubs programment parfois ces films lors de cycles sur l’immigration ou le cinéma des femmes. Garde un œil sur leurs programmes, surtout autour du 8 mars. Évite par contre les copies de mauvaise qualité qui circulent en ligne : elles coupent souvent des scènes et privent la réalisatrice de ses droits.

🚫 Erreur courante

Présenter Inch’Allah dimanche comme un documentaire. C’est une fiction, jouée par des actrices et des acteurs, qui reprend les thèmes que ses documentaires avaient explorés. Ses longs métrages de fiction sortis en salles se comptent sur les doigts d’une main : Inch’Allah dimanche en 2001, puis Sœurs en 2021.

Pour une autre trajectoire entre production et politique, lis notre portrait d’une productrice devenue ministre. Le parcours de la réalisatrice Meryem Benm’Barek montre une autre génération de cinéastes du Maghreb. Et si tu aimes les films qui parlent de nos familles, jette un œil aux films de Leïla Bekhti, qui a grandi elle aussi dans une famille algérienne en région parisienne.

Questions fréquentes

Quels sont les films les plus connus de Yamina Benguigui ?

Ses œuvres les plus citées sont le documentaire Mémoires d’immigrés (1998), le long métrage Inch’Allah dimanche (2001) et la série de téléfilms Aïcha diffusée sur France 2. Son film Sœurs, avec Isabelle Adjani, est sorti en 2021.

Yamina Benguigui est-elle algérienne ?

Elle est née à Lille dans une famille algérienne et est de nationalité française. Selon sa biographie publique, elle a aussi obtenu la nationalité algérienne à l’adolescence.

Inch’Allah dimanche a-t-il été récompensé ?

Oui. Le film a reçu le prix FIPRESCI de la critique internationale au festival de Toronto en 2001, et il a été sélectionné dans plusieurs autres festivals.

A-t-elle arrêté le cinéma pour la politique ?

Elle a exercé des mandats entre 2008 et 2014, puis a réalisé Sœurs, sorti en 2021. Sa carrière politique fait l’objet d’un article séparé sur le site.

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