La cité Félix-Pyat, dans le 3e arrondissement de Marseille, n’est pas l’endroit où l’on imagine grandir une future ministre. C’est pourtant là que Sabrina Agresti-Roubache a passé son enfance, troisième de six enfants d’un père maçon coffreur venu d’Algérie.
Entre-temps, il y a eu la production audiovisuelle, une entreprise rachetée, un siège de députée, deux secrétariats d’État, une défaite électorale et un retour au gouvernement en 2026. Voici son parcours, daté et vérifié, sans enjoliver ni noircir.
En bref : je retiens un parcours en deux temps. D’abord la production audiovisuelle à Marseille, avec le groupe IAM puis à la tête de Seconde Vague Productions. Ensuite la politique : députée des Bouches-du-Rhône en 2022, secrétaire d’État chargée de la Ville de juillet 2023 à septembre 2024, puis ministre déléguée chargée de la formation professionnelle et de l’apprentissage depuis le 26 février 2026.
Qui est Sabrina Agresti-Roubache ?
Sabrina Agresti-Roubache est une productrice et femme politique française, née le 13 octobre 1976 à Marseille, dans une famille d’origine algérienne. Membre de Renaissance, elle a été députée, puis secrétaire d’État chargée de la Ville et de la Citoyenneté. Depuis le 26 février 2026, elle est ministre déléguée chargée de l’Enseignement et de la Formation professionnels et de l’Apprentissage.
Mais avant la politique, il y a eu vingt ans de production.
Après un bac littéraire, elle commence des études de droit, puis les abandonne pour travailler dans l’audiovisuel. Elle se fait un nom à Marseille en travaillant avec le groupe de rap IAM, figure de la ville. En 2018, après la mort de son fondateur Paul Saadoun, elle reprend la société Seconde Vague Productions. Elle siège aussi dans plusieurs conseils d’administration marseillais, de l’aéroport Marseille-Provence au World Trade Center Marseille Provence. Je trouve ce passage par l’entreprise plus parlant que les grands mots sur « l’engagement » qu’on lui prête souvent.
Comment est-elle passée de la production à la politique ?
Elle entre en politique par la région et la députation. Élue conseillère régionale de Provence-Alpes-Côte d’Azur en 2021, elle remporte en juin 2022 la 1re circonscription des Bouches-du-Rhône sous l’étiquette Renaissance, avec 50,79 % des voix au second tour. Un an plus tard, en juillet 2023, elle entre au gouvernement comme secrétaire d’État chargée de la Ville.
Or l’ascension a été rapide, et elle a aussi connu un coup d’arrêt.
En octobre 2023, le portefeuille de la Citoyenneté s’ajoute au sien après la démission de Sonia Backès. Elle conserve ses fonctions dans le gouvernement suivant, jusqu’en septembre 2024. Entre-temps, la dissolution de juin 2024 la fait repartir en campagne : arrivée troisième au premier tour des législatives, elle se retire avant le second tour au profit du candidat du Nouveau Front populaire. Elle perd donc son siège de députée. De septembre 2024 à février 2026, elle préside une structure qu’elle a fondée, Strategy for Impact, avant son retour au gouvernement.
💡 Bon à savoir
Son portefeuille de 2026 n’a plus rien à voir avec les quartiers : elle est ministre déléguée auprès du ministre du Travail et des Solidarités et du ministre de l’Éducation nationale. Elle suit la voie professionnelle au lycée, la formation professionnelle et l’apprentissage.
Ce changement de dossier dit quelque chose des carrières ministérielles en France. Un secrétariat d’État chargé de la Ville et un ministère délégué à l’apprentissage n’ont ni les mêmes interlocuteurs ni les mêmes budgets. Pour les familles, l’apprentissage touche directement les ados qui hésitent entre lycée général et voie pro. Je ne peux pas juger de son bilan à ce poste, trop récent pour être évalué sérieusement. Il faudra le regarder sur les chiffres de l’apprentissage et de la voie professionnelle, pas sur les communiqués.
Sabrina Agresti-Roubache en quelques dates
| Date | Fonction ou étape | Contexte |
|---|---|---|
| 13 octobre 1976 | Naissance | Marseille, famille d’origine algérienne |
| 2018 | Reprise de Seconde Vague Productions | Après la mort de son fondateur, Paul Saadoun |
| Juin 2022 | Députée de la 1re circonscription des Bouches-du-Rhône | Élue avec 50,79 % au second tour |
| Juillet 2023 à septembre 2024 | Secrétaire d’État chargée de la Ville | Citoyenneté ajoutée en octobre 2023 |
| Juillet 2024 | Perte de son siège de députée | Retrait avant le second tour des législatives |
| 26 février 2026 | Ministre déléguée à la formation professionnelle et à l’apprentissage | Retour au gouvernement |
Quelles prises de position ont fait débat ?
Plusieurs de ses déclarations ont été discutées, surtout sur la sécurité. Après les émeutes de l’été 2023, elle s’est dite favorable à l’expulsion des logements sociaux des familles d’émeutiers, au nom de la responsabilité parentale. Elle a aussi relié publiquement délinquance et immigration, ce qui lui a valu de vives critiques à gauche. Ces débats sur l’immigration reviennent souvent en France, comme autour du fichage des étrangers en situation régulière.
Pourtant, son profil de fille de la cité rendait ces prises de position plus surprenantes pour une partie du public.
✅ Ce qui marque dans son parcours
- Une trajectoire de la cité Félix-Pyat jusqu’au gouvernement
- Une expérience d’entrepreneuse dans l’audiovisuel
- Deux passages au gouvernement sur des dossiers différents
⚠️ Ce qui a fait débat
- Des déclarations clivantes sur la sécurité et l’immigration
- Un écart de revenus déclarés relevé par la presse fin 2023, qu’elle a expliqué
- La perte de son siège de députée en 2024
Mon avis : son parcours mérite d’être raconté en entier, avec ses réussites et ses controverses, plutôt qu’en conte de fées.
En décembre 2023, la presse a aussi relevé un écart d’environ 91 000 euros entre deux déclarations de revenus, l’une faite comme députée, l’autre comme membre du gouvernement. Elle l’a attribué à des droits d’auteur non déclarés dans la première et à des reports de plus-values. Je le mentionne parce que c’est public et documenté, pas pour instruire un procès. Chacune peut juger de ces positions, et les lectrices ne seront pas toutes d’accord, ce qui est très bien.
Pourquoi son parcours parle-t-il aux lectrices des deux rives ?
Son parcours parle d’abord aux filles de la diaspora algérienne qui ont grandi dans les quartiers populaires, à Marseille comme ailleurs en France. Il montre qu’on peut passer d’une enfance modeste à des responsabilités publiques. Pour une lectrice qui vit en Algérie, il éclaire surtout la place qu’occupent aujourd’hui des Franco-Algériennes dans la vie politique française. Elle se lit aussi dans d’autres métiers, comme le rappelle notre article sur les médecins algériens en France.
Et il ne résume pas à lui seul les femmes franco-algériennes, qui votent et pensent de façons très différentes.
🤔 Pour qui, vraiment ?
Pour les lectrices curieuses de savoir qui se cache derrière ce nom entendu à la radio, et pour celles qui cherchent des modèles de parcours issus de l’immigration. Pas pour celles qui attendent une biographie militante : ses choix politiques, au sein de la majorité présidentielle, ne représentent pas toute la diaspora, et ce n’est pas le rôle de ce site de dire s’il faut les partager.
Son histoire croise celle d’autres Franco-Algériennes passées par la culture puis par la politique, comme la réalisatrice Yamina Benguigui, ministre déléguée à la Francophonie entre 2012 et 2014. Les deux femmes n’ont ni la même génération ni la même famille politique. Elles partagent pourtant ce passage de l’image à l’action publique, rare dans le personnel politique français. En Algérie aussi, des femmes ont fait ce chemin, à l’image de Khalida Toumi, longtemps ministre de la Culture. Comparer ces trajectoires aide à sortir du portrait unique de « la femme issue de l’immigration ».
🚫 Idée reçue
Croire qu’une femme politique d’origine algérienne parle forcément au nom de toutes les Algériennes, ou qu’elle défend nécessairement les mêmes idées que sa communauté supposée. Sabrina Agresti-Roubache revendique ses origines, mais ses choix politiques sont les siens, et ils divisent la diaspora comme le reste de la société.
Pour prolonger, relis le portrait de Yamina Benguigui, réalisatrice, qui a elle aussi mené une carrière entre cinéma et gouvernement. Côté algérien, le parcours de Khalida Toumi, ancienne ministre de la Culture, offre un contrepoint utile. Et pour une autre Franco-Algérienne qui a percé à l’écran, découvre l’actrice Leïla Bekhti.
Questions fréquentes
Qui est Sabrina Agresti-Roubache ?
C’est une productrice et femme politique française née en 1976 à Marseille, dans une famille d’origine algérienne. Ancienne députée et secrétaire d’État chargée de la Ville, elle est ministre déléguée chargée de la formation professionnelle et de l’apprentissage depuis le 26 février 2026.
Quelle est l’origine de Sabrina Agresti-Roubache ?
Elle est née à Marseille dans une famille d’origine algérienne et a grandi dans la cité Félix-Pyat. Son père était maçon coffreur.
Est-elle toujours députée ?
Non. Élue en 2022, elle a perdu son siège lors des législatives anticipées de 2024, après s’être retirée avant le second tour. Elle est revenue au gouvernement en février 2026.
Qu’a-t-elle produit dans l’audiovisuel ?
Elle a travaillé avec le groupe de rap marseillais IAM, puis a repris en 2018 la société Seconde Vague Productions.



