Juin 2021, au lendemain des législatives algériennes : le ministère de la Communication retire son accréditation à France 24. La décision porte la signature d’un homme qui avait lui-même fondé des journaux indépendants trente ans plus tôt, Amar Belhimer.
Ce contraste résume assez bien pourquoi son nom revient dans les débats sur la presse en Algérie. Je te propose un portrait neutre et daté, qui sépare son parcours de journaliste et d’universitaire de son action au gouvernement, sans rumeur sur sa vie privée ni celle de ses proches.
En bref : je retiens qu’Amar Belhimer, né en 1955 à El Aouana dans la wilaya de Jijel, a été journaliste, fondateur de titres de presse puis professeur de droit à Alger. Il a été ministre de la Communication de janvier 2020 à novembre 2021, et aussi porte-parole du gouvernement jusqu’en juillet 2021. Son mandat reste associé à une ligne dure envers certains médias, que des organisations de défense de la presse ont critiquée.
Qui est Amar Belhimer ?
Amar Belhimer, aussi écrit Ammar, est né le 4 mai 1955 à El Aouana, dans la wilaya de Jijel. Licencié en droit public à l’université d’Alger en 1978, il obtient un DEA à l’université René-Descartes de Paris en 1984, puis un doctorat en droit du développement en 1997. Il a mené de front journalisme et enseignement du droit.
Et sa carrière de journaliste commence tôt.
De 1975 à 1990, il travaille au quotidien public El Moudjahid. Avec l’ouverture médiatique du début des années 1990, il participe à la création de titres privés : l’hebdomadaire La Semaine d’Algérie en 1991, puis le quotidien La Nation, qu’il dirige de 1992 à 1993. Il lance ensuite Demain l’Algérie, de 1998 à 2000, et tient une chronique dans Le Soir d’Algérie à partir de 2003. En parallèle, il enseigne à la faculté de droit d’Alger et dirige la Revue algérienne des sciences juridiques, économiques et politiques. Je trouve ce double profil, juriste et homme de presse, indispensable pour comprendre ce qu’il a défendu une fois ministre.
Il a aussi publié plusieurs ouvrages, dont un livre sur la dette extérieure de l’Algérie en 1998.
Quel a été son rôle au gouvernement ?
Amar Belhimer a été nommé ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement le 4 janvier 2020, dans le gouvernement d’Abdelaziz Djerad, peu après l’élection d’Abdelmadjid Tebboune. Il garde le ministère sous le gouvernement Benabderrahmane. En juillet 2021, le poste de porte-parole disparaît de l’organigramme et il ne conserve que la Communication.
Or cette période est aussi celle du Hirak et de la pandémie.
Le mouvement de contestation né en 2019 occupe alors une grande place dans les médias, algériens comme étrangers. Des figures de la culture, comme le chanteur Idir, l’avaient salué publiquement dès 2019. Belhimer se pose en défenseur d’une presse « responsable » et dénonce à plusieurs reprises ce qu’il présente comme des campagnes hostiles venues de l’étranger. En mars 2021, il menace de retirer son accréditation à France 24 pour sa couverture des manifestations. Le 13 juin 2021, son ministère passe à l’acte, en invoquant une « hostilité manifeste et répétée » envers le pays et ses institutions, selon le Comité pour la protection des journalistes. La chaîne dit de son côté n’avoir reçu aucune explication précise.
Je te laisse juger de la cohérence entre ces décisions et son parcours d’éditeur des années 1990.
💡 Bon à savoir
Son nom s’écrit tantôt Amar, tantôt Ammar selon les médias et les documents officiels. Il s’agit bien de la même personne, transcrite de l’arabe de deux façons.
Ce détail compte quand tu cherches ses déclarations en ligne, car les deux orthographes renvoient à des résultats différents.
Ses fonctions en dates
| Période | Fonction | Repère |
|---|---|---|
| 1975 à 1990 | Journaliste | El Moudjahid |
| 1992 à 1993 | Directeur de publication | Quotidien La Nation |
| 1998 à 2000 | Fondateur | Quotidien Demain l’Algérie |
| Janvier 2020 à juillet 2021 | Ministre et porte-parole du gouvernement | Gouvernements Djerad puis Benabderrahmane |
| Juillet à novembre 2021 | Ministre de la Communication | Remplacé par Mohamed Bouslimani le 11 novembre 2021 |
Pourquoi son mandat a-t-il été critiqué ?
Des organisations de défense de la presse lui ont reproché des décisions jugées restrictives, dont le retrait d’accréditation de France 24. Le Comité pour la protection des journalistes a qualifié cette mesure de représailles. Ses partisans y voyaient au contraire la défense de la souveraineté du pays face à des médias étrangers jugés partiaux.
Mais les critiques ne venaient pas seulement de l’extérieur.
En Algérie, des journalistes et des éditeurs ont dénoncé un climat difficile pour la presse pendant ces années, entre blocages de sites et poursuites. Le ministre répondait en mettant en avant la loi, la lutte contre la désinformation et l’encadrement de la presse en ligne. On lit parfois que son action a permis une « répartition plus équitable » de la publicité publique et un soutien au « journalisme indépendant », sans source. Je n’ai trouvé aucun bilan indépendant qui le confirme. Je préfère te donner les décisions datées et les réactions qu’elles ont suscitées.
Le 11 novembre 2021, il quitte le gouvernement, remplacé par Mohamed Bouslimani, et je ne relaie pas les hypothèses de presse sur les raisons de ce départ.
✅ Ce que met en avant son camp
- Une longue expérience de journaliste et de juriste
- La défense d’un cadre légal pour la presse en ligne
- Une ligne claire face aux médias étrangers jugés hostiles
⚠️ Ce que lui reprochent ses critiques
- Le retrait d’accréditation de France 24 en juin 2021
- Un climat jugé restrictif pour la presse pendant le Hirak
- Des explications jugées insuffisantes par les médias visés
Mon avis : son parcours d’éditeur rend ses décisions de ministre d’autant plus discutées. Les deux font partie du même homme.
Que retenir de son parcours aujourd’hui ?
Amar Belhimer reste une figure qui résume les tensions de la presse algérienne. Journaliste issu du secteur public, fondateur de titres privés, puis ministre chargé d’encadrer les médias, il a occupé presque toutes les places du débat. Depuis son départ du gouvernement en novembre 2021, il n’a plus de fonction ministérielle.
Pourtant, les questions qu’il a portées restent entières.
Comment réguler l’information en ligne sans faire taire les voix critiques ? Qui décide de ce qu’est une presse « responsable » ? Ces questions touchent aussi les lectrices de la diaspora, qui suivent souvent l’actualité algérienne par les chaînes étrangères et les réseaux. En France, le cadre juridique de la presse est différent, avec des règles propres sur l’accréditation et la diffamation, et les comparaisons rapides trompent souvent. Je pense qu’on peut critiquer une décision sans caricaturer l’homme, et lire ses textes sans adhérer à sa politique.
Croiser plusieurs sources reste le meilleur réflexe, surtout sur un sujet aussi politique.
🤔 Pour qui, vraiment ?
Cette page s’adresse à toi si tu t’intéresses à la presse algérienne, si tu prépares un exposé ou si tu veux situer un nom entendu aux informations. Elle ne prend pas parti et renvoie vers des sources datées pour aller plus loin.
Une dernière vérification, parce que beaucoup de pages s’y laissent prendre.
🚫 Piège classique
La phrase « la liberté de la presse ne s’use que si l’on ne s’en sert pas » figurait ici en conclusion, comme si elle résumait sa pensée. C’est en réalité la devise du Canard enchaîné, sans lien avec lui. Avant d’associer une citation à une personnalité, vérifie qui l’a vraiment dite.
Pour élargir le regard sur cette époque, lis le portrait de Khalida Toumi, ancienne ministre de la Culture, elle aussi passée par le gouvernement. Le rôle des journalistes pendant la décennie noire se comprend mieux avec le parcours de l’écrivain et journaliste Tahar Djaout. Et pour le contexte politique plus large, relis notre page sur l’ancien président Abdelaziz Bouteflika. Autant de repères pour lire l’actualité algérienne avec du recul.
Questions fréquentes
Quand Amar Belhimer a-t-il été ministre de la Communication ?
Du 4 janvier 2020 au 11 novembre 2021. Il a aussi été porte-parole du gouvernement jusqu’en juillet 2021, date à laquelle ce poste a été supprimé de l’organigramme.
Qui l’a remplacé au ministère ?
Mohamed Bouslimani, ancien haut cadre du ministère, lui a succédé le 11 novembre 2021.
Pourquoi l’accréditation de France 24 a-t-elle été retirée ?
Le ministère a invoqué une hostilité répétée de la chaîne envers l’Algérie et ses institutions. La décision a été annoncée le 13 juin 2021. France 24 a indiqué ne pas avoir reçu d’explication précise, et le CPJ a critiqué la mesure.
Quel était son métier avant d’être ministre ?
Il a été journaliste à El Moudjahid, puis fondateur et directeur de titres de presse comme La Nation. Il était aussi professeur de droit à l’université d’Alger.



