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Nadia Khiari, caricaturiste tunisienne : Willis from Tunis et son œuvre

Par La rédaction Iriya · 22 avril 2025

Le 13 janvier 2011, Zine el-Abidine Ben Ali prononce à la télévision son dernier discours et promet la liberté d’expression aux Tunisiens. Pendant ce discours, une professeure d’arts plastiques de Tunis publie sur Facebook le dessin d’un chat qui commente l’allocution. Le lendemain, le président a fui le pays, et le chat Willis from Tunis est né.

Sa créatrice, Nadia Khiari, est tunisienne. On la présente parfois comme algérienne, et c’est une erreur. Ce portrait remet les faits à plat : son parcours, ses livres, ses prix, et ce que son travail dit aussi aux lectrices d’Algérie et de la diaspora.

En bref : je retiens une dessinatrice tunisienne qui a inventé pendant le soulèvement de 2011 un chat devenu symbole de la satire politique. Elle a publié plusieurs recueils, dont une rétrospective de dix ans préfacée par Plantu. Et elle a reçu une série de prix internationaux, du prix Honoré-Daumier en 2012 au prix Sokol en Autriche en 2018.

Qui est Nadia Khiari ?

Nadia Khiari est une dessinatrice, peintre et caricaturiste tunisienne, née à Tunis. Elle a étudié les arts plastiques à Aix-en-Provence, puis enseigné cette matière en lycée et aux Beaux-Arts de Tunis. Son personnage, le chat Willis from Tunis, commente l’actualité tunisienne depuis janvier 2011.

Mais rien ne la prédestinait à la caricature politique.

Avant 2011, elle peint et enseigne, loin de la presse. Sous Ben Ali, la satire du pouvoir n’avait guère de place dans les journaux tunisiens. Le premier dessin de Willis circule d’abord entre une vingtaine d’amis sur Facebook, selon Cartooning for Peace. La page dépasse ensuite les 50 000 abonnés. Je trouve cette naissance très parlante : un dessin partagé entre proches devient, en quelques semaines, un outil de commentaire public.

Vrai ou faux : Nadia Khiari

Réponds aux quatre affirmations :

Nadia Khiari est une dessinatrice algérienne.

Willis from Tunis est né le 13 janvier 2011.

Elle a enseigné les arts plastiques à Tunis.

Ses personnages sont des humains caricaturés.

Pourquoi un chat, et pourquoi il plaît ?

Willis est un chat parce que les chats de Nadia Khiari peuvent tout dire sans ressembler à personne. Tous ses personnages sont des chats : le citoyen, le policier, le politicien, l’islamiste ou la militante. Le ton mêle humour noir, ironie et tendresse, pour raconter la transition tunisienne au quotidien.

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Et ce choix protège autant qu’il amuse.

Un chat moustachu en uniforme vise tous les policiers sans en nommer aucun. Le procédé permet d’aborder des sujets sensibles comme la censure, le terrorisme, les droits des femmes ou l’hypocrisie politique. Il rend aussi les dessins lisibles au-delà de la Tunisie, sans connaître chaque ministre. Pour une lectrice algérienne, beaucoup de situations sonnent familières, de la queue à l’administration aux débats sur la place des femmes dans l’espace public. C’est ce qui explique que ses dessins circulent bien au-delà de Tunis.

💡 Le saviez-vous ?

Le premier dessin de Willis from Tunis a été publié le 13 janvier 2011, pendant le dernier discours de Ben Ali, qui promettait la liberté d’expression. Le président tunisien a quitté le pays le lendemain, le 14 janvier.

Quels livres a-t-elle publiés ?

Nadia Khiari a réuni ses dessins dans plusieurs recueils. Son premier recueil de chroniques paraît en 2011, suivi d’un deuxième tome en 2012, puis de Manuel du parfait dictateur en 2015. En 2021 sort Willis from Tunis, 10 ans et toujours vivant !, une rétrospective de 290 dessins préfacée par le dessinateur Plantu.

Pourtant, ses livres restent moins connus que sa page Facebook.

Les premiers recueils ont d’abord été autoédités, avant qu’un éditeur tunisien, Elyzad, publie le volume suivant. La rétrospective de 2021 couvre la période de janvier 2011 à janvier 2021, avec des dessins inédits. Elle se lit comme un carnet de bord de la décennie tunisienne, attentat après élection, crise après espoir. Ses dessins paraissent aussi dans Siné Mensuel, Courrier international et Zelium, ce qui les rend accessibles au lectorat français. Si tu veux comprendre la Tunisie d’après 2011 sans lire un essai de 400 pages, c’est une porte d’entrée efficace.

Ses principales distinctions, telles que les recense Cartooning for Peace, donnent une idée de sa reconnaissance internationale.

Les prix de Nadia Khiari

AnnéeDistinctionLieu
2012Prix Honoré-DaumierRencontres de Cartooning for Peace, Caen
2013Insignes de docteur honoris causaUniversité de Liège, Belgique
2014Prix international de la satire politiqueForte dei Marmi, Italie
2015Prix Agora MedGênes, Italie
2018Prix SokolMusée de la caricature de Krems, Autriche
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Que dit son travail aux lectrices d’Algérie ?

Son travail parle aux lectrices algériennes parce que la Tunisie et l’Algérie partagent des débats proches : la place des femmes, la religion dans l’espace public, la liberté de la presse. Willis ne donne pas de leçon, il montre les contradictions. Et le regard d’une femme caricaturiste reste rare dans le dessin de presse maghrébin. En Algérie, ce combat a eu ses figures, comme la militante Khalida Toumi face au Code de la famille.

Or la caricature politique reste un exercice risqué dans la région.

Cartooning for Peace, qui l’a primée, défend justement les dessinateurs de presse menacés dans le monde. Des deux côtés de la frontière, un dessin publié dépend souvent de la ligne du journal et du climat politique du moment. En Algérie, la liberté de la presse a aussi fait débat pendant le mandat d’Amar Belhimer, ministre de la Communication. Pour une lectrice de la diaspora en France, ses dessins publiés dans la presse française offrent un regard maghrébin sur l’actualité sans passer par le filtre des chaînes d’info. Pour une lectrice en Algérie, ils rappellent qu’un trait d’humour peut porter loin, même avec des moyens modestes. Je trouve que c’est là sa vraie force : faire rire d’un sujet grave sans l’alléger.

✅ Ce qui marque dans son travail

  • Un personnage simple, reconnaissable en un coup d’œil
  • Un humour qui vise les pouvoirs, pas les gens ordinaires
  • Dix ans de dessins qui forment une archive de la Tunisie

⚠️ Ce qui peut freiner

  • Des références politiques tunisiennes parfois pointues
  • Des recueils pas toujours faciles à trouver hors de Tunisie
  • Un humour noir qui ne plaît pas à tout le monde

Mon avis : la rétrospective de 2021 est le meilleur point d’entrée, même sans connaître la politique tunisienne.

🤔 Pour qui, vraiment ?

Pour les lectrices qui aiment l’humour grinçant et veulent comprendre la Tunisie d’après 2011. Pour les profs, aussi, qui cherchent des dessins de presse à commenter en classe. Moins pour qui cherche une bande dessinée avec une histoire suivie : ce sont des dessins d’actualité, un par un.

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🚫 Erreur courante

Présenter Nadia Khiari comme une caricaturiste algérienne. Elle est tunisienne, née à Tunis, et son personnage Willis porte le nom de sa ville. Vérifie aussi les citations qu’on lui prête sur les réseaux : beaucoup ne viennent d’aucune interview identifiable.

Le combat pour la liberté d’écrire a aussi marqué l’Algérie, comme le rappelle notre portrait de l’écrivain Tahar Djaout. Côté image, le parcours de la réalisatrice Meryem Benm’Barek montre une autre femme du Maghreb qui bouscule les sujets tabous. Et pour une pionnière franco-algérienne du documentaire, lis notre article sur la réalisatrice Yamina Benguigui.

Questions fréquentes

Nadia Khiari est-elle algérienne ou tunisienne ?

Nadia Khiari est tunisienne. Elle est née à Tunis, y a enseigné les arts plastiques et son personnage s’appelle justement Willis from Tunis.

Qui est Willis from Tunis ?

C’est un chat dessiné par Nadia Khiari, apparu sur Facebook le 13 janvier 2011, pendant le dernier discours de Ben Ali. Il commente depuis l’actualité tunisienne avec humour noir.

Où lire les dessins de Nadia Khiari ?

Sur ses pages en ligne, dans ses recueils, dont la rétrospective de 2021 préfacée par Plantu, et dans des titres de presse comme Siné Mensuel et Courrier international.

Quels prix a-t-elle reçus ?

Elle a reçu le prix Honoré-Daumier en 2012, des insignes de docteur honoris causa de l’université de Liège, un prix de la satire politique à Forte dei Marmi en 2014 et le prix Sokol en Autriche en 2018.

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