Sur une plage près d’Alger, un homme tire sur un autre homme, désigné seulement comme « l’Arabe ». Cette scène de L’Étranger, publiée en 1942, se lit encore au lycée en France et se discute toujours en Algérie. Son auteur, Albert Camus, est né dans l’est algérien et reste l’un des écrivains français les plus lus au monde.
Mais parler de Camus depuis l’Algérie oblige à la nuance. Il aimait sa terre natale, il a dénoncé la misère coloniale, et il a refusé l’indépendance telle que la réclamait le FLN. Je reprends ici son parcours avec des faits vérifiés, sans héroïser ni caricaturer.
En bref : je retiens qu’Albert Camus est né le 7 novembre 1913 à Mondovi, aujourd’hui Dréan, dans une famille pauvre de Français d’Algérie. Il a reçu le prix Nobel de littérature en 1957 et il est mort dans un accident de voiture le 4 janvier 1960. Son rapport à l’Algérie reste débattu, et plusieurs raccourcis courants sur sa vie ne tiennent pas.
Où est né Albert Camus et dans quelle famille ?
Albert Camus naît le 7 novembre 1913 à Mondovi, une commune de l’est algérien aujourd’hui appelée Dréan, dans la wilaya d’El Tarf. Son père, Lucien, meurt en 1914 des suites de ses blessures reçues à la bataille de la Marne. Sa mère, Catherine Sintès, d’origine espagnole par sa famille venue de Minorque, l’élève à Belcourt, quartier populaire d’Alger.
Et la pauvreté de ce foyer compte énormément dans son œuvre.
Sa mère, en partie sourde et presque illettrée, fait des ménages. La grand-mère tient la maison d’une main ferme. Un instituteur, Louis Germain, repère le garçon et le pousse vers le lycée grâce à une bourse. À l’université d’Alger, le philosophe Jean Grenier devient son maître. Camus appartient à ce qu’on appellera plus tard les pieds-noirs, ces Européens d’Algérie aux origines françaises, espagnoles, italiennes ou maltaises.
Quelle jeunesse a forgé l’écrivain ?
À dix-sept ans, en 1930, Camus apprend qu’il a la tuberculose. La maladie freine ses études et l’écarte de l’agrégation de philosophie. Il obtient tout de même un diplôme d’études supérieures en 1936, fait du théâtre à Alger et adhère au Parti communiste de 1935 à 1937, avant d’en être exclu.
Pourtant, c’est le journalisme qui le lance.
En 1938, il entre à Alger républicain, un quotidien de gauche. En 1939, il y publie une série de reportages intitulée Misère de la Kabylie, qui décrit la faim et le manque de tout dans les villages. Ces textes restent parmi les plus directs qu’un journaliste français ait écrits alors sur la condition des musulmans d’Algérie. La même année paraît Noces, son chant d’amour aux ruines de Tipasa et au soleil algérien. On lit souvent que sa tuberculose remonte à l’enfance. C’est inexact : elle se déclare à la fin de l’adolescence.
💡 Le saviez-vous ?
Après son prix Nobel, Camus a écrit à son ancien instituteur de Belcourt, Louis Germain, pour lui dire que sans lui rien de tout cela ne serait arrivé. Il lui a dédié ses discours de Stockholm.
Quelles œuvres faut-il connaître ?
En 1942 paraissent L’Étranger et Le Mythe de Sisyphe, deux textes sur l’absurde. Suivent La Peste en 1947, située à Oran, L’Homme révolté en 1951, La Chute en 1956 et le recueil L’Exil et le royaume en 1957. Il écrit aussi pour le théâtre, avec Caligula et Les Justes.
Or plusieurs de ces livres se passent en Algérie.
Alger, Oran, Tipasa, Djémila : les lieux sont réels, la lumière aussi. Pourtant, les Algériens musulmans y restent souvent en arrière-plan, sans nom ni parole. L’intellectuel Edward Said l’a relevé dans ses travaux sur la littérature et l’impérialisme. D’autres lecteurs répondent que Camus décrit justement une société coloniale où ces personnes étaient rendues invisibles. Les deux lectures se tiennent, et c’est ce qui rend ces livres encore vivants en classe comme dans les débats. Si tu veux voir ces lieux, Tipasa et Djémila sont inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco, et le Sud algérien attire lui aussi de plus en plus de voyageurs.
Camus et l’Algérie, livre par livre
| Année | Titre | Lien avec l’Algérie |
|---|---|---|
| 1939 | Noces | Textes sur Tipasa, Djémila et Alger |
| 1942 | L’Étranger | Roman situé à Alger et sur ses plages |
| 1947 | La Peste | Épidémie imaginaire à Oran |
| 1958 | Chroniques algériennes | Articles et prises de position sur la guerre |
| 1994 | Le Premier Homme | Récit inachevé de son enfance à Belcourt, publié après sa mort |
Quelle position a-t-il prise pendant la guerre d’Algérie ?
Camus a dénoncé les injustices coloniales, mais il n’a pas soutenu l’indépendance. Le 22 janvier 1956, à Alger, il lance un appel pour une trêve civile, afin que les deux camps épargnent les civils. Il défend ensuite une Algérie fédérale, liée à la France, où chaque communauté aurait sa place. Puis il choisit de se taire publiquement.
Cependant, une phrase a résumé sa position pour beaucoup.
À Stockholm, en décembre 1957, un étudiant algérien l’interpelle. Camus répond en évoquant les bombes posées dans les tramways d’Alger, où sa mère pourrait se trouver, et place sa mère avant cette justice-là. La phrase est rapportée sous plusieurs versions, ce qui nourrit encore les interprétations. Pour ses défenseurs, c’est le cri d’un homme qui refuse le terrorisme. Pour ses critiques, c’est le choix d’un Français d’Algérie contre l’indépendance. Certaines biographies en ligne parlent de ses « prises de position contre le colonialisme français », ce qui simplifie trop : il a critiqué le système, sans rompre avec la présence française.
✅ Ce qu’on peut lui reconnaître
- Des reportages rares sur la misère en Kabylie dès 1939
- Un refus constant de la violence contre les civils
- Une œuvre qui fait de l’Algérie un lieu littéraire universel
⚠️ Ce qu’on peut lui reprocher
- Un refus de l’indépendance réclamée par les Algériens
- Des personnages arabes souvent sans nom ni voix
- Un silence public dans les dernières années de la guerre
Mon avis : on peut aimer ses livres et discuter ses positions. C’est même la façon la plus honnête de le lire depuis l’Algérie.
Comment le lit-on aujourd’hui, en Algérie et en France ?
En France, Camus reste un classique du lycée, étudié par des générations d’élèves. En Algérie, sa réception est partagée : certains le revendiquent comme un enfant du pays, d’autres le lisent comme un écrivain de la colonisation. Les deux regards cohabitent, parfois dans la même famille.
Et la littérature algérienne lui a répondu.
En 2013, l’écrivain Kamel Daoud publie Meursault, contre-enquête, qui donne un nom et une histoire à « l’Arabe » tué dans L’Étranger. Le livre a reçu le Goncourt du premier roman en 2015. Ce dialogue entre deux rives montre qu’un texte peut être contesté sans être jeté. Si tu lis Camus avec tes enfants ou tes élèves, lire aussi cette réponse équilibre les choses. Il est mort le 4 janvier 1960 à Villeblevin, dans l’Yonne, et le manuscrit du Premier Homme a été retrouvé dans la voiture.
🤔 Pour qui, vraiment ?
Pour celles qui aiment les paysages algériens mis en mots et les débats d’idées. Si tu cherches un auteur qui raconte l’Algérie depuis les Algériens eux-mêmes, commence plutôt par Mouloud Mammeri ou Tahar Djaout, puis reviens à Camus.
Garde en tête que les citations de Camus qui circulent sur les réseaux sont souvent tronquées ou inventées.
🚫 Idée reçue
Non, Camus n’était pas algérien au sens de la nationalité. Il était français, né en Algérie sous la colonisation, et il a toujours défendu son appartenance à cette terre sans défendre l’indépendance.
Pour prolonger avec des écrivains algériens, lis notre portrait de Mouloud Mammeri, écrivain et ethnologue, contemporain de Camus. Le parcours de Tahar Djaout, écrivain et journaliste, rappelle ce que coûtait la liberté d’écrire dans les années 1990. Et pour un autre destin lié à l’Algérie coloniale, découvre Jean-Marc Aveline, né en Algérie.
Questions fréquentes
Où est né Albert Camus ?
Il est né le 7 novembre 1913 à Mondovi, en Algérie alors française. La commune s’appelle aujourd’hui Dréan et se trouve dans la wilaya d’El Tarf, près d’Annaba.
Albert Camus était-il pour l’indépendance de l’Algérie ?
Non. Il a dénoncé la misère et les injustices coloniales, mais il défendait une Algérie liée à la France, sous forme fédérale. En 1956, il a appelé à une trêve civile pour protéger les civils des deux camps.
Quand Camus a-t-il reçu le prix Nobel ?
Il a reçu le prix Nobel de littérature en 1957. Il avait 43 ans à l’annonce du prix, ce qui en fait l’un des plus jeunes lauréats de littérature.
Comment est mort Albert Camus ?
Il est mort le 4 janvier 1960 dans un accident de voiture à Villeblevin, dans l’Yonne. Le manuscrit inachevé du Premier Homme se trouvait dans la voiture et a été publié en 1994.



