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Tahar Djaout, écrivain et journaliste : sa vie, ses livres, son héritage

Par La rédaction Iriya · 22 avril 2025

Le 26 mai 1993, Tahar Djaout sort de chez lui à Baïnem, sur les hauteurs d’Alger. Des hommes lui tirent dessus devant son domicile. Il meurt le 2 juin, après une semaine de coma. Il avait 39 ans, une dizaine de livres publiés et un hebdomadaire lancé quelques mois plus tôt.

Son nom revient à chaque débat sur la liberté d’écrire en Algérie. Pourtant, beaucoup de lectrices, ici comme en France, connaissent l’homme par sa mort plus que par ses livres. Cet article prend le chemin inverse : l’écrivain, le journaliste, puis les œuvres, avec des faits datés et vérifiés.

Ce qu’il faut retenir : je retiens un poète devenu romancier, avec Les Chercheurs d’os en 1984 et Les Vigiles, prix Méditerranée 1991. Je retiens aussi un journaliste culturel qui a fondé l’hebdomadaire Ruptures début 1993. Et un assassinat resté sans vérité judiciaire complète, qui ne doit pas faire oublier l’œuvre.

Qui était Tahar Djaout ?

Tahar Djaout est un écrivain et journaliste algérien né le 11 janvier 1954 à Oulkhou, près d’Azeffoun, en Kabylie maritime. Il obtient une licence de mathématiques à l’université d’Alger en 1974, puis choisit l’écriture. Poète d’abord, romancier ensuite, il mène en parallèle une carrière de critique et de chroniqueur culturel.

Et ce double métier a façonné toute son œuvre.

Au journal El Moudjahid, il signe des critiques et des chroniques. Le même quotidien a employé à cette époque Amar Belhimer, futur ministre de la Communication. De 1980 à 1984, il dirige la rubrique culturelle d’Algérie-Actualité, où il écrit sur les peintres, les écrivains et les artistes de son pays. Début 1993, il participe à la fondation de Ruptures, un hebdomadaire culturel qui s’oppose ouvertement à l’intégrisme. Le premier numéro sort en janvier, dans un pays déjà plongé dans la violence. Quatre mois plus tard, son rédacteur en chef est abattu.

Par quel livre de Tahar Djaout commencer ?

Ce que tu cherches dans une lecture :

Piste de lecture. La disponibilité des éditions varie entre l’Algérie et la France.

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Quelles sont ses œuvres principales ?

L’œuvre de Tahar Djaout compte des recueils de poésie, des nouvelles et plusieurs romans. Solstice barbelé, en 1975, ouvre son parcours poétique. Les Chercheurs d’os, en 1984, le fait connaître au-delà de l’Algérie : un jeune homme y part chercher les restes d’un frère disparu pendant la guerre de libération.

Mais c’est Les Vigiles qui lui apporte la plus large reconnaissance.

Paru en 1991, le roman suit un inventeur qui se heurte à l’administration et aux petits pouvoirs locaux pour faire reconnaître une machine à tisser. Le livre reçoit le prix Méditerranée la même année. Entre les deux, L’Invention du désert, en 1987, mêle histoire médiévale du Maghreb et errance contemporaine. Après sa mort paraît Le Dernier Été de la raison, en 1999, roman sur un libraire dans une ville tombée sous la coupe des fanatiques. Relire ce texte aujourd’hui donne le vertige, parce qu’il décrit ce que Djaout voyait monter autour de lui.

💡 Bon à savoir

Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a recensé Tahar Djaout parmi les journalistes tués en 1993 en raison de leur travail. Son rapport rappelle qu’il avait reçu des menaces avant l’attentat et que l’impunité a prévalu dans ce dossier.

Pour repérer ses livres par ordre de parution, voici les titres les plus cités.

Les œuvres de Tahar Djaout

AnnéeTitreGenreRepère
1975Solstice barbeléPoésiePremier recueil
1982L’Oiseau minéralPoésieRecueil de la période d’Algérie-Actualité
1984Les Chercheurs d’osRomanLa mémoire de la guerre de libération
1987L’Invention du désertRomanHistoire du Maghreb et voyage intérieur
1991Les VigilesRomanPrix Méditerranée 1991
1999Le Dernier Été de la raisonRoman posthumeUn libraire face aux fanatiques

Que s’est-il passé en 1993 ?

Tahar Djaout a été visé par balles le 26 mai 1993 devant son domicile de Baïnem, près d’Alger, et il est mort le 2 juin 1993. Son assassinat ouvre une série de meurtres d’intellectuels, de journalistes et d’artistes pendant la décennie noire. L’attentat a été attribué aux islamistes armés.

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Cependant, la vérité judiciaire reste incomplète.

L’enquête et le procès qui ont suivi ont été contestés, et plusieurs observateurs ont relevé les incohérences de la version officielle. Le CPJ classe l’affaire parmi les crimes où l’impunité l’a emporté. Je n’ajouterai rien à ce que les sources établissent, par respect pour lui et pour ses proches. Ce qui est sûr, c’est qu’il avait été menacé, qu’il le savait, et qu’il a continué à publier. On lui attribue une phrase souvent reprise depuis : « Alors, dis et meurs ».

✅ Pourquoi le lire aujourd’hui

  • Une langue poétique, même dans ses romans
  • Des livres courts, lisibles en quelques soirées
  • Un regard lucide sur l’Algérie d’après l’indépendance

⚠️ Ce qui peut dérouter

  • Une écriture parfois allusive, qui demande de l’attention
  • Des éditions inégalement disponibles selon les pays
  • Une œuvre souvent éclipsée par le récit de sa mort

Mon avis : commence par Les Vigiles, c’est le roman le plus accessible et le plus drôle, malgré son sujet.

Quelle trace a-t-il laissée ?

Tahar Djaout reste une figure de la liberté d’expression en Algérie et à l’étranger. Après sa mort, des écrivains du monde entier se mobilisent, et sa disparition compte parmi les événements qui conduisent à la création du Parlement international des écrivains. La BBC lui a aussi consacré un documentaire, Shooting the Writer.

Or l’hommage le plus juste reste de lire ses livres.

En Algérie, son nom revient régulièrement autour de la date de sa mort, dans la presse et lors de rencontres culturelles en Kabylie comme à Alger. En France, ses romans parus au Seuil se trouvent en librairie ou en bibliothèque, parfois dans des éditions de poche. Ils se lisent bien en club de lecture, parce qu’ils ouvrent des discussions sur la mémoire, le pouvoir et la place des artistes. Transmettre Djaout à un ado, ce n’est pas lui raconter un martyr, c’est lui mettre entre les mains un roman qui parle de son pays. Et de l’autre côté de la frontière tunisienne, la caricaturiste Nadia Khiari défend à sa façon la même liberté de dire.

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🤔 Pour qui, vraiment ?

Pour les lectrices qui veulent comprendre la décennie noire autrement que par les chiffres, et pour celles de la diaspora qui cherchent des auteurs algériens à faire lire à leurs enfants. Moins pour qui attend un roman d’action : Djaout écrit court, dense et imagé.

🚫 Erreur courante

Donner 1953 comme année de naissance de Tahar Djaout. Il est né le 11 janvier 1954, et il avait 39 ans au moment de sa mort.

Pour prolonger, lis notre portrait de Mouloud Mammeri, écrivain et ethnologue, autre grande voix de la Kabylie. La trajectoire d’Albert Camus, écrivain et journaliste éclaire un autre rapport à l’Algérie et au métier d’écrire. Et côté musique, le parcours du chanteur Idir montre comment la culture kabyle a voyagé jusqu’en France.

Questions fréquentes

Quand est mort Tahar Djaout ?

Tahar Djaout a été visé par balles le 26 mai 1993 devant son domicile de Baïnem, près d’Alger. Il est mort le 2 juin 1993, après une semaine de coma.

Quel est le livre le plus connu de Tahar Djaout ?

Les Chercheurs d’os (1984) et Les Vigiles (1991) sont les plus cités. Les Vigiles a reçu le prix Méditerranée en 1991.

Qu’était le journal Ruptures ?

Ruptures était un hebdomadaire culturel lancé en janvier 1993, dont Tahar Djaout était le rédacteur en chef. Il défendait une Algérie ouverte et s’opposait à l’intégrisme.

Qui a tué Tahar Djaout ?

L’attentat a été attribué aux islamistes armés, mais les circonstances restent contestées. Le Comité pour la protection des journalistes range l’affaire parmi les crimes restés impunis.

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